| |
Guy-André KIEFFER –GAK– est né le 25 mai 1949. Il est marié à Osange SILOU-KIEFFER, journaliste, avec laquelle il a eu une fille, Canelle (18 ans). Toutes deux résident à Paris. D’une précédente union, GAK a eu un fils Sébastien qui vit à Montréal. Cette union lui a donné accès à la double nationalité, franco-canadienne.
Sa famille vit en région Rhône-Alpes : ses parents résident à La Rochette (Savoie), son frère Bernard près de Lyon et son autre frère Eric à St Maximin (Isère).
Journaliste économique, GAK a travaillé pendant 18 années à « La Tribune » (1984-2002) au cours desquelles il devient un expert reconnu des matières premières et, notamment, de la filière cacao-café. En 2002, il prend un congé sabbatique pour se rendre en Côte d’Ivoire, à la demande du président GBAGBO, élu en 2000, qui souhaitait lui confier une mission d’audit de la filière cacao.
Cette mission se déroule au sein du cabinet CCC (Commodities Corporate Consulting, dans lequel on trouve également Stéphane de VAUCELLES et J. Michel ARON-BRUNETIERE) mais prend fin prématurément, au bout de quelques mois, à l’initiative du gouvernement ivoirien, sans doute du fait que l’audit de GAK met rapidement en lumière les malversations considérables qui affectent cette filière.
Plutôt que de renoncer à ses investigations, GAK décide de les poursuivre et même d’en élargir le champ, en qualité de journaliste indépendant. Il produit alors, jusqu’en avril 2004, de nombreux articles très bien renseignés et très critiques sur l’économie et les finances de la Côte d’Ivoire qu’il publie soit dans la presse ivoirienne, sous divers pseudonymes, soit dans « La lettre du continent » revue française spécialisée dans le continent africain à laquelle il collaborait régulièrement.
Ces enquêtes, dont il apparaît rapidement comme étant le seul auteur, lui valent de nombreuses inimitiés dans les milieux d’affaires ivoiriens (ou franco-ivoiriens) et au sein du gouvernement même de Côte d’Ivoire. Il échappe ainsi à trois reprises à des procédures d’expulsion grâce, semble-t-il, à des interventions du président GBAGBO lui-même (GAK a bien connu GBAGBO dans les années 80, à l’époque où ce dernier était opposant au régime en place et réfugié en France).
Les menaces d’expulsion se transforment progressivement en menaces plus directes : divers témoignages concordants font état de menaces de mort, la dernière ayant été proférée publiquement, dans un restaurant d’Abidjan par un proche du ministre de l’économie ivoirien, Guédé LEONARD, dit James CENACH (« On aura ta peau… ») peu de temps avant son enlèvement.
Le 16 avril 2004, vers 13 h 00, GAK est enlevé en plein centre d’Abidjan sur le parking d’un supermarché par un commando, alors qu’il a rendez-vous avec Michel LEGRE, beau-frère de Mme Simone GBAGBO, épouse du président GBAGBO.
Depuis ce jour, GAK n’a plus donné aucun signe de vie.
Sa voiture a été retrouvée début mai 2004 sur le parking de l’aéroport d’Abidjan, manifestement déposée là, le jour même de la disparition de GAK, par l’un des protagonistes de l’enlèvement. Son ordinateur portable a été retrouvé chez Michel LEGRE et saisi par le juge RAMAEL. L’enquête du juge RAMAEL a établi que Michel LEGRE a eu de nombreux entretiens téléphoniques juste avant et après l’enlèvement avec le ministère de l’économie et qu’il s’y est rendu le 16 avril 2004 dans l’après-midi pour toucher la rétribution de son forfait.
L’enquête judiciaire :
Celle-ci a été enclenchée à la suite des plaintes pour enlèvement et séquestration déposées simultanément par la famille de GAK , le syndicat SNJ-CGT et par Reporters sans Frontières devant les autorités judiciaires françaises et ivoiriennes. En France, elle est conduite par le juge d’instruction Patrick RAMAEL auquel s’est adjoint le juge Emmanuelle DUCOS. En une année, le juge RAMAEL (qui avait précédemment instruit l’enquête sur l’assassinat du journaliste de RFI, Jean HELENE) s’est rendu sur place à quatre reprises dans le cadre d’une commission rogatoire internationale.
Ses investigations ont permis de mettre rapidement en lumière le rôle de Michel LEGRE dans cet enlèvement : ce dernier a manifestement servi d’appât pour attirer GAK dans le piège qui lui a été tendu le 16 avril 2004. LEGRE a donné les noms des présumés commanditaires de cet enlèvement (qui sont tous des proches du couple présidentiel et du ministre de l’économie ivoirien Paul Bohoun BOUABRE et de son directeur de cabinet, Aubert ZOHORE). LEGRE a livré également les noms des exécutants ayant participé à l’enlèvement (militaires et membres des commandos rattachés à Mme GBAGBO), dont curieusement la plupart a disparu dans la nature lors de l’enquête menée par le juge RAMAEL.
La justice ivoirienne a inculpé Michel LEGRE pour « enlèvement, séquestration et assassinat (sic) », ce dernier grief étant surprenant puisque nous ne savons pas ce qu’est devenu GAK après son enlèvement. LEGRE est détenu à la maison d’arrêt d’Abidjan depuis le 28 mai 2004. Lors des évènements de novembre 2004 en Côte d’Ivoire, il a refusé de s’évader, craignant sans doute pour sa vie, et a été mis en sécurité à l’école de police par Mme DIABATE, ministre de la justice ivoirienne. Le 21 octobre 2004, le juge RAMAEL l’a mis en examen pour « enlèvement et séquestration ».
Depuis, LEGRE est revenu sur ses aveux et se tait.
Le 13 décembre 2004, le juge RAMAEL a demandé officiellement que LEGRE soit remis à la justice française dans le cadre d’une procédure dite de « remise temporaire » qui lui permettrait de l’interroger dans de meilleures conditions à Paris (tout ce que dit LEGRE à Abidjan étant étroitement contrôlé par ses avocats et la présidence ivoirienne). Cette demande est parvenue aux autorités ivoiriennes au printemps 2005, après un parcours diplomatique pour le moins laborieux : à ce jour, aucune suite n’y a été donnée par la présidence ivoirienne.
L’enquête judiciaire bute donc, depuis plusieurs mois, sur le mur de silence qu’a dressé la présidence ivoirienne autour de LEGRE et des principaux protagonistes présumés de cet enlèvement : BOUABRE, ZOHORE mais aussi Kadet BERTIN conseiller spécial de la présidence pour la sécurité et les affaires militaires), Moïse KORE (pasteur et gourou du couple présidentiel), James CENACH (proche du ministre de l’économie BOUABRE), Victor NEMBELLISSINI (directeur de la Banque nationale d’Investissement, proche de BOUABRE et de Simone GBAGBO), tous individus dont les noms, parmi d’autres encore, reviennent avec insistance dans cette affaire.
La presse ivoirienne a beaucoup écrit sur cette affaire, développant les thèses les plus contradictoires, sinon les plus farfelues (voir revue de presse jointe).
Sur les différents protagonistes présumés du dossier, voir également plus loin.
La mobilisation des autorités politiques et des comités de soutien :
Le président CHIRAC est intervenu à deux reprises publiquement auprès du président GBAGBO, dans les premiers temps, pour exiger que la vérité soit faite sur cette affaire. Puis il a paru s’en éloigner, ne donnant pas suite à une proposition de rendez-vous qu’il a pourtant faite lui-même à Osange SILOU-KIEFFER en janvier 2005, lors des vœux présidentiels à la presse. Le conseiller « Afrique » de l’Elysée a reçu la famille à deux reprises.
Au Sénat, Dominique Larifla a dès le début posé une question orale au gouvernement. Un an après, la présidente du groupe communiste a réitéré la demande d’éclaircissement.
A l’Assemblée nationale, le député-maire de Versailles Etienne PINTE s’est saisi du dossier.
Le Congrès de la Guadeloupe et le Conseil Régional ont pris une motion pour soutenir la recherche de la vérité pour GAK.
A la CEE, Javier SOLANA a dans un courrier demandé au président BAGBO de faire tout pour retrouver GAK.
Le Conseil de Paris a voté un vœu pour demander que les recherches soient renforcées pour retrouver GAK.
Le ministère des Affaires étrangères français suit, nous dit-on, cette affaire de près. Michel BARNIER et/ou son directeur de cabinet (Pierre VIMONT) et sa conseillère « Afrique », Nathalie DELAPALME, ont reçu à différentes reprises la famille de GAK. Un premier contact a également été établi avec M. DOUSTE-BLAZY en juin 2005.
En Côte d’Ivoire, Mme DIABATE, ministre de la justice, a manifesté à maintes reprises sa détermination dans cette affaire. En mai 2004, recevant Osange et Bernard KIEFFER en audience à la présidence, le président GBAGBO leur a assuré, la main sur le cœur, que « GAK est mon ami. Il est vivant et nous allons tout faire pour le retrouver »…
En France, autour de la famille de GAK, la mobilisation est orchestrée principalement par le Comité de soutien « Vérité pour GAK » animé par Aline RICHARD, rédactrice en chef de la revue « La recherche » et par le comité de soutien breton de GAK. Le club de la presse de Lyon s’est également fortement mobilisé sur ce dossier. De nombreuses villes de France, la Commission européenne, des élus et groupes parlementaires, de nombreuses organisations (Ligue des droits de l’homme, Amnesty International, RSF…) ont également manifesté leur soutien.
Des passerelles étroites ont été établies également avec les comités de soutien à Fred NERAC (disparu en Irak début 2003) et à Ingrid BETANCOURT : ces deux comités associent systématiquement le nom de GAK à ceux de NERAC et de BETANCOURT lors des manifestations de soutien. Les comités de soutien à GAK font de même.
Il est clair cependant que la mobilisation n’est pas la même que pour les journalistes CHESNOT et MALBRUNOT, ou encore pour Florence AUBENAS et Hussein HANOUN :
- GAK était journaliste indépendant lors de son enlèvement et ne bénéficie donc pas de l’appui d’une rédaction puissante comme le sont celles du « Figaro », de RTL ou de « Libération » ;
- Les autorités françaises ne mettent manifestement pas en œuvre les mêmes moyens pour retrouver GAK, considérant sans doute que cette affaire complique un peu plus encore les relations tumultueuses de la France et de la Côte d’Ivoire. Comme le dit Aline RICHARD, « GAK a disparu au mauvais moment et au mauvais endroit… ». L’enquête judiciaire des juges RAMAEL et DUCOS ne peut plus avancer sans une forte impulsion politique que donneraient les autorités françaises ;
- La libération de Florence AUBENAS et d’Hussein HANOUN a conduit à la fois à une relance de la mobilisation dans l’affaire GAK (son nom étant cité par exemple à plusieurs reprises par Michel BARNIER avant son départ du Quai d’Orsay) et à un retrait, dans différentes villes, des affiches appelant au soutien des actions engagées au profit de F. AUBENAS, H. HANOUN, Fred NERAC et GAK (c’est le cas, notamment, à Lyon et Grenoble).
|

|
|
Retour rubrique : Accueil
|