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La toute puissance de l'information audiovisuelle nous impose souvent des formes dramatiquement réductrices, mais le téléspectateur ne doit pas restreindre son besoin d'information à l'actualité télévisée
Urgence, quand tu nous tiens... Tel était le thème imposé pour ce café-média de rentrée co-organisé par les Ateliers de la citoyenneté, l'IEP de Lyon et le Club de la presse ce lundi 30 janvier à la Cloche.
Le casting de ce premier rendez-vous de l'année était facile. Notre confrère Denis Bernadet, animateur de la soirée, avait choisi Denis Sébastien et Benoît Gadrey, respectivement correspondants de TF1 et de France 2 à Lyon.
Face aux quelques cinquante personnes venues dialoguer avec eux, ils évoquent les transformations qu'a connues leur profession depuis une quinzaine d'années, et la défendent face aux critiques souvent acerbes du public.
L'info va vite, trop vite. La seule évocation de l'affaire d'Outreau et des dérapages journalistiques auxquels elle a donné lieu suffirait à en
convaincre les derniers sceptiques, pense t-on sûrement du côté des spectateurs les plus sévères à l'égard des médias. Sans doute est-il en effet devenu difficile, à l'ère du temps réel et de l'info continue, de penser le journalisme en dehors d'un certain sentiment d'urgence.
A la Cloche, on préfère pourtant quitter l'autoroute de l'information et prendre le temps de l'analyse... autour d'un café.
La technique a profondément bouleversé le métier
Oui, à l'évidence, les caméras, satellites et autres ordinateurs portables qui sont apparus ces quinze dernières années au gré des évolutions technologiques ont profondément bouleversé les pratiques journalistiques.
Tournage, montage, diffusion, tout va plus vite, comme le confirment Denis Sébastien et Benoît Gadrey. Du 20h de France 2, consacré à l'actualité du jour, au 13h de Jean-Pierre Pernaut, composé lui de sujets plutôt intemporels, pas une rédaction qui n'échappe à ce sentiment d'urgence.
De l'aveu des deux journalistes, la nécessité croissante de raccourcir les délais de production de l'information trouve son origine dans la course à l'audimat que se font les rédactions. Enquêtes et sujets d'actualité ont ainsi toujours pour objectif de procurer à l'organe de presse qui les produit un avantage sur la concurrence, reconnaissent Denis Sébastien et Benoît Gadrey.
Mais il serait hâtif d'en conclure à l'image d'un journaliste pieds et poings liés aux exigences économiques de sa direction, préviennent-ils aussitôt. Benoît Gadrey rappelle que l'information fait toujours l'objet de discussions au sein des rédactions. Elle est au final une coproduction, une synthèse de diverses influences : le public, l'auteur du sujet et l'ensemble de la rédaction impliquée. Et si les journalistes peuvent parfois être « encouragés » à modifier leur travail, ils conservent la liberté de dire non. Et donc de ralentir l'information, pourra t-on ajouter.
Un gain de temps qui n'affecte pas le qualitatif
Reste que, pour une grande partie des personnes présentes au café de la Cloche ce 30 janvier, l'exigence du temps réel a rendu la vérification de l'information et la prise de distance plus difficiles et par conséquent plus rares. Benoît Gadrey confirme : « au lieu de consacrer le temps gagné grâce à l'évolution de la technique à un approfondissement de leur traitement de l'actualité, les rédactions ont choisi de faire partir leurs reporters plus tard ».
Pour Jean-François Tétu, professeur à l'IEP de Lyon, la prolifération des «experts » dans les pages des journaux ou sur les plateaux des JT, la disparition des grands dossiers thématiques estivaux et le repli de nombre de journalistes sur l'écriture de livres participent d'un même mouvement : la « dépossession du journaliste de sa capacité de recul ». Signe de la pression exercée par l'accélération du temps des médias, l'actualité serait souvent réduite à l'annonce et au compte-rendu, au détriment de l'analyse.
Ce que Laurence Loison , journaliste au Progrès, confirme en partie. Le journaliste est effectivement un « chercheur d'expertise », précise t-elle, mais il l'est par la force des choses. Comment pourrait-il en effet prétendre parler avec science de tous les sujets ? Où pourrait-il seulement trouver le temps de la recherche d'informations ? Face à l'urgence, c'est tout naturellement la prudence et la délégation de compétences qui s'imposent.
Est-ce alors un journalisme en crise qui se dessine, avec en ligne de mire la mort du sacro-saint journal télévisé ? Malgré les critiques de l'assemblée, Denis Sébastien et Benoît Gadrey préfèrent nuancer le constat.
« Évidemment, le JT est une forme réductrice de l'actualité quotidienne, admet Benoît Gadrey, mais le téléspectateur ne doit pas restreindre son besoin d'information à l'actualité télévisée ». Et son confrère de TF1 de rappeler aux réfractaires que 14 millions de Français restent fidèles à la grand-messe de 20h sur TF1 et France 2.
Les deux correspondants lyonnais continuent de croire en la pertinence de l'actualité télévisée. Le journaliste en est encore le meilleur garde-fou, estime Benoît Gadrey, lorsqu'il sait résister à la pression du temps et de ses supérieurs. L'urgence n'est donc pas en soi une fatalité : le journaliste peut retarder la diffusion de l'un de ses reportages, prendre le temps de l'analyse, multiplier les points de vue et les perspectives. Bref, il peut être maître de son temps.
Le mot de la fin de ce café média consacré à la vitesse de l'information viendra de Gérard Angel. Pour le créateur de l'hebdomadaire Les Potins d'Angèle, l'information n'engage pas uniquement la responsabilité du journaliste, elle confère également au public une importance considérable. Parce qu'ils consomment ou non l'information, les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs sont la clé de l'avenir des médias. À eux aussi de déterminer la qualité de l'information qu'ils souhaitent recevoir.
Nul doute que cette question reviendra dans les débats le mois prochain à l'occasion du prochain café média. Lundi 13 mars, il y sera question de la fragilité des médias locaux.
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