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Archives 2004 - Assurance maladie : débat au bord du gouffre
 

Faut-il supprimer le paiement à l’acte des médecins, ce fondement de la médecine « à la française » depuis cinquante ans, au profit d’autres formes de rémunération, pour plus de prévention et de qualité de prise en charge, et moins de « course au volume » ? Doit-on, par souci d’équité entre régions et pour l’accès aux soins de tous, rogner dans leur liberté d’installation ? Le même souci d’équité doit-il proscrire les dépassements tarifaires, et abroger le ticket modérateur, ce « reste à charge » des malades ordonné par Raymond Barre en 1978 mais qui n’a jamais rien…« modéré » ? Repenser le périmètre de la « Sécu », après redéfinition experte de ce qu’elle devrait prioritairement - et totalement - prendre en charge ? Enfin imaginer un « front commun » Sécu-Mutualité, sorte de « pôle public d’assurance maladie » assumant l’essentiel du coût des soins après réelle évaluation de leur efficacité ? Gérard Ropert, l’iconoclaste directeur de la « Sécu » de Lyon invité du Club de la Presse le 5 avril autour de son livre « Guérir le système de santé de ses maux » (1), a la langue de bois en horreur. Alors, sans hésiter, il répond « franchement oui » à chacune de ces hypothèses. Pour lui, ni des procédés maintes fois utilisés dans le passé (hausse des cotisations, baisse des prestations), ni des mesures homéopathiques ne suffiront cette fois à sauver le système : le gouffre est trop béant, l’enjeu socio-économique trop grave.
Nul ne sait de quoi sera faite la « réforme de l’assurance maladie » du gouvernement Raffarin III, ni quel avenir est promis à un système de santé original (libéral pour partie dans la distribution des soins, collectif par son financement). Mais critiqué car coûteux, non régulé, piètrement évalué, absent de toute « prime à la qualité » et qui croule sous le poids des…lobbies. Pour garantir le maintien d’un système solidaire, pilier de la cohésion sociale, le « patron » de la « Sécu » lyonnaise parie sur le long terme avec « quarante propositions pour une réforme ». Dont un rééquilibrage des financements en faveur de la prévention, surtout dans l’univers de l’entreprise (l’étude des risques professionnels reste largement à défricher), en direction de publics ciblés (ados, pauvres, personnes âgées, maladies chroniques), une réorganisation de l’hôpital, un vrai partage de l’information dans le système, un remboursement exclusivement réservé aux thérapeutiques de qualité scientifiquement validées, bref des priorités pertinentes qui ont alimenté un déjeuner-débat animé…

Gérard CLAVAIROLY

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