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Archives 2005 - Souvenir : André Bolier dit "Velin" tombait il y a soixante ans
 

Il y soixante ans, le 17 juin 1944, André Bollier tombait les armes à la main aux côtés de deux de ses hommes, rue Viala à Lyon, après l’attaque par la Milice et les Allemands de l’imprimerie clandestine de la Résistance, qu’il avait créée et qu’il dirigeait.

Mort alors qu’il venait à peine d’avoir vingt quatre ans, André Bollier était un homme de pensée, de cœur et d’action qui avait refusé de se soumettre à la défaite militaire et à l’effondrement social de 1940 et qui avait choisi très tôt de continuer à se battre pour que l’esprit de liberté survive avant de pouvoir renaître.

Il a mené son combat jusqu’au bout mais son idéal n’est pas mort avec lui.

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Né à Paris le 30 mai 1920 dans une famille qui comptera trois fils et s’installera bientôt à Saint Maur des Fossés, André Bollier émerveille ses maîtres au Collège d’Arsonval où il va de prix d’excellence en prix d’excellence et passe sa première partie de baccalauréat à quinze ans. Il entre alors au Lycée Janson de Sailly et, avec quelques camarades qui deviendront des amis durables, se distingue au Concours Général de Mathématiques et de Physique de 1936.

Excellent pianiste, joueur de bridge, parlant à la fois l’anglais et l’allemand, il est reçu dans les tous premiers de l’Ecole Normale Supérieure comme de Polytechnique alors qu’il vient tout juste d’avoir dix huit ans. Un premier choix important lui fait intégrer l’X qui lui paraît plus proche de la vie économique et surtout, en ces temps troublés de l’été 1938, plus impliquée dans l’action militaire.

Dans l’accalmie de l’après Munich, sa première année d’étude à la Montagne Sainte-Geneviève lui apporte un peu plus que des satisfactions d’étudiant : il rencontre en effet Noëlle Benoit lors de ses vacances de Nouvel An à Tignes, et, entre deux révisions, commence à faire de temps en temps le mur pour sortir avec elle le soir.

La guerre, qui est déclarée en septembre 1939, bouleverse le cours des études de sa promotion (et de la suivante). Convoqués à Paris dès la fin août, les élèves sont envoyés dans diverses écoles d’officiers. André Bollier choisit l’artillerie hippomobile et cantonne au château de Fontainebleau. Il y acquiert une solide forme physique et, dans ses lettres à Noëlle, décrit avec humour sa découverte des règles et habitudes militaires.

Sorti troisième de cette épreuve, il a l’entière liberté du choix de son affectation mais, faute d’informations réelles, s’en remet un peu au hasard, du moment qu’il va au front. De février à mai 1940, André Bollier participe ainsi dans la région de Vesoul à la drôle de guerre et à ses contradictions. Nommé le 1er juin à l’état-major de la division, il ronge son frein en acceptant de faire toutes les reconnaissances de nuit avec les commandos, au risque de subir le tir de notre propre artillerie.

La bataille commence le 10 juin et vire immédiatement à la tourmente : officier de liaison à motocyclette, André Bollier enchaîne les missions de jour comme de nuit. Le 19 juin il échappe de peu à un tir allemand en forçant sa sortie d’un village. Le surlendemain, 21 juin, il est pris dans un tir croisé et grièvement blessé.

Ce sont les Allemands qui le relèvent, l’évacuent, l’opèrent à Lunéville et le sauvent. C’est encore un Allemand qui le renvoie dans ses foyers en septembre et lui évite la captivité.

Mais le retour est pesant, et c’est avec morosité qu’André Bollier rejoint Villeurbanne, près de Lyon, en novembre 1940, pour y faire sa deuxième année d’étude et pour, ensuite, mieux servir le pays, et peut être faire un long voyage....

Les mois qui passent le déçoivent car l’Ecole, devenue civile et au fonctionnement difficile, lui semble manquer de dignité. Il écoute bientôt son camarade Jean-Guy Bernard dont le père, colonel, était un ami d’Henri Frenay, le fondateur du mouvement « Combat ».

A partir du printemps de 1941, André Bollier commence donc à employer ses temps libres à la fabrication et à la diffusion des «Petites Ailes», le premier bulletin de ce mouvement et l’ancêtre du journal «Combat». Dès le début de la résistance en zone libre comme en zone occupée, l’information de la population apparut en effet comme une activité essentielle, et chaque mouvement naissant créait sa propre feuille, que certains détruisaient avec mauvaise humeur et que d’autres passaient en cachette à leur voisin.

Dans ce contexte, André Bollier, qui envisage maintenant de se marier dès que ce sera possible, renonce sans regrets aux «grands corps» malgré sa quatrième place et malgré les compliments qu’il a reçus du grand physicien Becquerel.

Devenu ingénieur au service de recherche des Câbles de Lyon à l’automne 1941, il mène de front son activité professionnelle et une activité clandestine que sa direction facilite en secret.

Il installe son bureau de résistant rue du Tonkin, convainc des imprimeurs, recrute Lucienne et les autres membres de sa première équipe et fait parfois travailler en cachette des typographes du «Progrès de Lyon». Son arrestation de Noël 1942, immédiatement suivie d’une première évasion aussi calme qu’audacieuse, fait basculer dans la clandestinité complète ce jeune marié dont la femme doit apprendre à se cacher pour rester le plus possible à ses côtés.

Il pourrait renoncer, on lui propose de changer d’activité mais l’information est devenue sa passion et André Bollier choisit de continuer. Sa fille naît en février 1943 : Noëlle la confie souvent à sa propre mère et André ne la verra pour la première fois qu’en juillet.

Pour éviter les dangers que le travail clandestin faisait courir aux imprimeurs professionnels, encore plus surveillés depuis l’occupation de la région par les Allemands, André Bollier convainc «Combat» de créer de toutes pièces une imprimerie clandestine. Il l’installe dans une ancienne usine rue Viala près de l’hôpital Grange Blanche et la maquille en «Bureau de recherches géodésiques». Par sécurité, il la dote de toutes les (fausses) autorisations nécessaires et obtient même son papier directement d’Allemagne !

Le local de la rue Viala devient ainsi le nouveau lieu de travail de Paul Jaillet, typographe, et de Francisque Vacher, photograveur, tous deux anciens du Progrès, qui a cessé volontairement de paraître en novembre 1942.

Démarrée pendant l’été de 1943, l’activité de l’imprimerie ne cessera de croître au service non seulement de Combat mais aussi de journaux de plus en plus nombreux tels que Défense de la France, La Marseillaise ou Témoignage Chrétien. Très cloisonnée, l’activité de l’équipe se poursuit malgré les difficultés et les arrestations et, au début de 1944, l’imprimerie sortira plus d’un million d’exemplaires par mois.

Gérant avec rigueur ses communications et ses diverses activités, Vélin est conscient des risques qu’il court et que l’arrestation de son camarade Jean-Guy Bernard lui rappelle en septembre 1943. Mais il est des choses que l’on ne maîtrise pas et, victime de l’imprudence d’un de ses correspondants, Vélin est arrêté lui aussi, une deuxième, fois le 8 mars 1944.

Interné au fort de Montluc, il est transféré chaque semaine dans l’ancienne Ecole de Santé Militaire pour interrogatoire. Il ne parlera pas malgré la torture et aucune arrestation ne se produira en rapport avec lui pendant sa détention. Déterminé à s’évader, il use ses gardiens en jouant d’une dysenterie bien réelle et, alors qu’un Barbie écœuré vient de lui annoncer son exécution pour le lendemain, il réussit à se hisser par le vasistas d’un palier d’escalier en demi-sous-sol, émerge dans l’avenue Berthelot aux pieds d’une sentinelle et l’embrouille si bien en allemand qu’il parvient à lui échapper.

Après une brève journée de repos il est de retour à l’imprimerie le 2 mai où il retrouve l’équipe qui, confiante, a continué à travailler. Sa femme le retrouve aussi et pendant un mois, enceinte de leur deuxième enfant, elle partage son attente enthousiaste du débarquement et la perspective d’aller combattre au grand jour, les armes à la main.

Dans l’ombre cependant la Milice s’active de son côté et les mêmes perspectives donnent à la délation l’énergie du désespoir. Le drame se noue lorsque Vélin, qui a décidé de quitter Lyon et de rejoindre les armées à l’ouest, convoque le 17 juin une réunion à l’imprimerie pour l’après midi même, afin de boucler, exceptionnellement un samedi, le numéro spécial consacré au débarquement.

Autour de Vélin et de Lucienne, Jaillet et Vacher vérifient la nouvelle installation de photogravure, lorsque des miliciens surgissent aux fenêtres en criant « Police ! Rendez vous !». Croyant l’usine déserte, ils sont surpris par la riposte de Vélin qui, maintenant toujours armé, en touche plusieurs.

Après un instant de conciliabule, Vacher se dirige vers la porte où il est abattu aussitôt, Jaillet décide de rester tandis que Vélin aide Lucienne à se sauver avec lui par un vasistas.

De la terrasse au jardin puis de clôture en clôture, Vélin et Lucienne parviennent aux abords du cours Eugénie. Ils se croient sauvés mais, au moment où ils s’élancent pour traverser, la rafale d’une mitrailleuse embusquée un peu plus loin les abat. Vélin, qui connaissait l’horreur de la torture, avait juré qu’il ne serait pas repris vivant : il retourne calmement son revolver sur lui et meurt sereinement aux côtés de Lucienne.

Pendant ce temps Jaillet, qui a été odieusement torturé, est lui aussi abattu par d’autres français. Il les regarde en face avant qu’ils pillent l’imprimerie et l’incendient.

Le destin, ce jour là, n’a pas voulu de Lucienne qui survivra miraculeusement à plusieurs blessures. Recueillie dans une maison voisine, puis transportée à l’hôpital, elle y subira une opération difficile. Interrogée malgré son état, elle prétendra être passée là par hasard, et sera ensuite évadée par ses camarades.

La résistance se remet au travail dès le lendemain du drame et, pendant que les veuves pleurent leurs maris, le premier «Combat» libre sort le 21 août. Paris est libéré quelques jours après, puis Lyon en septembre.

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Le «Groupe de la rue Viala» a reçu la Croix de Guerre avec Etoile d’argent par décret du 31 août 1945. La liste «officielle» (mais sans doute incomplète) du Groupe est la suivante:

André Bollier Vélin Posthume
Paul Jaillet Duroc Posthume
Robert Cluzan Fabric Posthume
René Leynaud Clerc Posthume
Francisque Vacher Posthume
Servillat Marinette Lucienne
Simone Riotord Stany
Léonce Clément Mazel
Marcel Martin Dupuis
Lucien Gross Lulu
Bernard Georges Philippe
Désiré Chatain Dédé

Outre cette Croix de Guerre collective, et une de 1943 pour sa blessure de 1940, André Bollier a reçu la Croix de Guerre avec Palme et a été fait Chevalier de la Légion d’Honneur le 7 mai 1946. Il a été fait Compagnon de la Libération le 20 janvier 1946 et a reçu la Médaille de la Résistance avec Rosette le 3 août 1946. Il a été reconnu comme «Mort pour la France», et ses services ont été régularisés par le grade de Commandant. Ses enfants ont été «Adoptés par la Nation».

En 1945, la ville de Saint Maur a donné son nom à la rue de son ancien collège et la ville de Lyon à celle où il habitait avec Noëlle près des Câbles de Lyon.

A Saint Maur, une «Association des Amis d’André Bollier» a été créée à la fin de 1945 pour recueillir des fonds. Elle les a consacrés à un monument au collège d’Arsonval et à des dotations pour l’éducation des deux enfants de Vélin.



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