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Le journalisme à repenser… Selon Jean-Luc Martin-Lagardette
 

(08/11/2006)
Le lundi 6 novembre, le journaliste indépendant et professeur de journalisme, Jean-Luc Martin-Lagardette, était l’invité du Club de la presse. A l’occasion d’un déjeuner réunissant des journalistes dans les locaux du Club, puis lors du café média organisé par les Ateliers de la citoyenneté, l’IEP et le Club de la presse, J.-L. Martin-Lagardette a présenté son quatrième ouvrage : « l’information responsable, un défi démocratique ». Il était accompagné de Manola Gardez, la coordinatrice de l'Alliance internationale de journalistes, organisation qui a pour but de « s'interroger sur le rôle et la place des médias dans nos sociétés et de favoriser une dynamique internationale de réflexion et d'action sur la responsabilité sociétale des journalistes et producteurs d'informations ». Une notion de responsabilité d'ailleurs à l'honneur lors de ces deux rendez-vous.

« Un journalisme responsable »

J.-L Martin-Lagardette a en effet insisté sur l’importance de faire du « journalisme responsable », évoquant quelques propositions dans plusieurs domaines pour « rendre à la presse une crédibilité aujourd’hui chancelante et légitimer le rôle capital qu’elle joue au sein de la société démocratique ».

Les premières suggestions concernent la mise en place d’un système de régulation du travail des journalistes. J.-L Martin-Lagardette l'imagine indépendant de tout pouvoir institutionnel, politique ou encore économique et réunissant principalement journalistes et citoyens, « au nom de la démocratie ». Les instances de régulation pallieraient ainsi les carences des trois chartes de journalistes existantes, selon Denis Bernadet, représentant des Ateliers de la citoyenneté. Car dans les faits, ces chartes n’ont pas force de loi et ne sont, par conséquent, pas contraignantes. La régulation permettrait également de surveiller le respect de l’éthique et la déontologie et de recueillir les plaintes des lecteurs. Pour M. Gardez, « il faut valoriser le recensement des pratiques responsables des journalistes ». En d'autres termes, « habituer les journalistes à un devoir de rendre compte, de responsabilité », comme le soutient J.-L. Martin-Lagardette, à l’image de ces conseils de presse ou observatoires des médias, déjà très efficaces à l’étranger. Ainsi, M. Gardez entend créer une « association de préfiguration d’un conseil de presse ». Ces organes sous-entendent la possibilité de sanctions médiatiques pour les journalistes et les journaux qui les emploient et intègrent la société civile, un point fondamental pour J.-L Martin-Lagardette. C’est là le moyen « d’interpeller la presse et de rappeler au journaliste qu’il a un rôle social ». J.-L. Martin-Lagardette et Manola Gardez ressentent aussi le besoin qu’existe une critique nationale de la presse, voire une presse sur la presse, qui constituerait une autre forme de régulation. Cependant, l’intérêt d’une régulation est mise en question par Jean-François Têtu, professeur à l’IEP, qui constate que les téléspectateurs ont continué de regarder le JT de Patrick Poivre d’Arvor, même après avoir su qu’il avait fait diffuser une fausse interview de Fidel Castro.

Les propositions de J.-L. Martin-Lagardette touchent également la formation des journalistes. Il déplore que, aujourd’hui, seuls 15% des journalistes sortent d’une école reconnue. D’autre part, des intervenants dénoncent le formatage des élèves effectué dans les écoles de journalisme. Avant tout, le journaliste doit être « formé épistémologiquement et avoir fait son auto-analyse », chose qui n’est jamais enseignée dans les différents établissements, comme le regrette J.-L. Martin-Lagardette. Enfin le problème majeur est que déontologie et éthique ne font généralement pas partie des disciplines enseignées, et « quand elles sont enseignées, c’est seulement du point de vue du droit et jamais du devoir », souligne M. Gardez.

Le troisième domaine abordé est celui de la qualité, qui, comme nous le constatons, rime beaucoup avec transparence et honnêteté. Le journaliste doit effectuer, pour chacun de ses travaux, une « démarche véritale », c’est-à-dire, vérifier rigoureusement chacune de ses informations afin d’être au plus près de la vérité. Pour J.-L. Martin-Lagardette, la qualité signifie offrir davantage de garantie aux lecteurs et est, par la même, l’occasion de rendre à la presse d’information générale française, qui connaît une réelle crise, sa crédibilité. Cette garantie existe déjà dans bien des pays anglo-saxons qui emploient des personnes chargées de vérifier l’exactitude des dires des journalistes.
Par ailleurs, la qualité peut s’avérer « le meilleur rempart aux gratuits ». Réinvestir dans des journalistes, de la qualité peut attirer de nouveaux lecteurs. Pour D. Bernadet, « on opposera bientôt l’info du tout venant, gratuite ou quasi gratuite, à l’info de qualité ».

« Des mesures concrètes »

Ce qui a motivé l’écriture de cet ouvrage, explique J-L Martin-Lagardette, est « cette critique des médias et des journalistes qui croît chaque jour un peu plus, doublée de ces contraintes économiques et publicitaires, ces bouleversements technologiques qui apparaissent et s'imposent à la presse ».
A ses yeux, « le rôle de la presse », qui le préoccupe beaucoup « est avant tout de représenter l’intérêt général, sans pour autant devenir un service public car alors la presse ne serait plus indépendante ». Or, J-L Martin-Lagardette constate que cette dernière se détourne de plus en plus de sa mission du fait des différentes pressions (économiques, publicitaires…) et peu de journalistes sont prêts à mener le combat. Il a donc voulu « proposer des mesures concrètes et régénérer l’information dans son statut, en tant que produit sociétal, culturel et politique avant toute chose, et qui nécessite donc des moyens économiques, temporels et qualitatifs ». Pour sa survie. Le droit du public à l'information est essentiel et devrait primer sur les intérêts économiques du journal, pour J.-L. Martin-Lagardette. Malheureusement, aucun journaliste n’est indépendant : « qui paie, commande » et l’auto-censure, très dommageable, des journalistes existe. C’est pourquoi beaucoup de journalistes, comme J.-L. Martin-Lagardette, s’éloignent ou quittent le journalisme, pour devenir, parallèlement ou exclusivement, écrivains, comme le souligne le délégué général du Club de la presse, Serge Tonioni, car les éditions offrent plus de latitude que les journaux.
« Le grand débat incluant les citoyens est donc lancé, parce que la profession est menacée et qu’il n’y a pas de possibilité de réaction individuelle ».










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