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Archives 2002 - Entendrons-nous Scott Ritter ?
 

Scott Ritter, ancien inspecteur de l’Unscom en Irak de 1991 à 1998, était l’invité du Club de la presse. Un homme issu du corps des Marines, qui venait en son nom personnel, en homme libre (il ne fait plus partie des Marines) dire aux Lyonnais et à l’ensemble des Français un certain nombre de vérités pour que nous fassions tout pour éviter ce qui se prépare : l’invasion de l’Irak (et sans doute son éclatement) dans quelques mois.

Scott Ritter n’est pas un excité, un anti-américain primaire, il aime profondément son pays. Il n’a pas peur de la guerre, il l’a faite, notamment contre l’Irak, mais il ne veut pas faire la guerre si la cause n’est pas juste. Or il affirme que le gouvernement actuel des Etats Unis ne cherche qu’un prétexte pour déclencher l’invasion et la destruction de l’Irak. Ce prétexte il l’aura quand l’Irak refusera le retour d’inspecteurs de l’armement. S. Ritter rappelle qu’il a prêté serment à la Constitution américaine, certainement pas au président des Etats Unis ni à la CIA. Il ose dire des choses et rappeler des faits qui passeraient aux yeux des inconditionnels admirateurs de la force aveugle pour des propos anti-américains. Ouvrez vos oreilles et votre esprit.

Relancer le débat démocratique
Nul n’est prophète en son pays! C’est pour cela qu’il est venu nous voir. Il souhaite relancer le débat démocratique à partir de la France. Il garde de l’admiration pour notre pays qui a su il y 230 ans (La Fayette) participer à l’éclosion de son pays. Il espère que nous puissions l’aider pour que son pays, les Etats Unis, ne commette pas des actes irréparables à l’encontre de l’Irak.
“On ne laisse pas un ami prendre le volant quand il est ivre“ : pour Scott Ritter G.W Bush a perdu la raison vis à vis de l’Irak, influencé qu’il est par les néo-conservateurs de son cabinet. Depuis 1991 l’idée prédominante est l’élimination de Saddam Hussein. Il a été diabolisé, c’est l’Adolf Hitler du Moyen Orient. Il n’y a pas de débat aux Etats Unis sur l’Irak. S. Ritter confirme que tout est fait pour enfermer l’opinion publique aux Etats Unis dans une logique “noir ou blanc“, d’accord, pas d’accord alors que ce n’est pas la réalité.

A propos des armes nucléaires, bactériologiques et chimiques, Scott Ritter affirme qu’en 1998, 90 à 95 % de ces armes et des moyens de production ont été détruits. La reconstruction de ce potentiel demanderaient d’énormes efforts, qui seraient facilement détectables. De plus on ne fabrique pas ce genre d’armes dans des grottes ou dans une cave. Si cela était vrai, alors n’importe quel pays en disposerait. « Les Etats Unis et le Royaume-Uni disent que l’Irak dispose de ces moyens de destruction massive, alors qu’ils en apportent les preuves ! »

L’administration Bush a créé le concept de guerre
S. Ritter stigmatise aussi le comportement de G.W Bush après les attentats du 11 septembre : « l’administration Bush a créé le concept de guerre. Ce jour là, 19 types ont lancé 4 avions contre des bâtiments! Il n’y avait pas d’armée prête à débarquer sur nos côtes. En développant un tel discours, Bush manque de respect aux milliers de morts de cette journée. »
S. Ritter souhaite que la France s’oppose et mette son veto à toute intervention américaine en Irak, mais il ajoute « Les Etats-Unis ne solliciteront pas et ne voudront pas d’alliés pour attaquer l’Irak ». Au passage, il décrit ce qui se passera à l’automne : intervention dans le nord de l’Irak au prétexte de protéger les populations kurdes ; renforcement des positions au Koweit pour parer une invasion de ce pays ; invasion de l’Irak par le sud pour mettre la main sur la zone pétrolière ; création d’un gouvernement provisoire dans le sud de l’Irak; avance sur Bagdad ; occupation totale du pays et installation d’un gouvernement provisoire. Durée 4 à 6 mois avec 250 000 hommes. Les Etats-Unis sont suffisamment puissants pour le faire tous seuls, et se moquent de l’avis des autres pays.
A la fin de la rencontre, M. Lasfargues, qui dirige le musée de la civilisation Gallo-romaine, a expliqué toutes les difficultés qu’il avait à monter une exposition archéologique sur l’Irak (après l’échec de deux autres tentatives italiennes et allemandes suite au refus de Madeleine Albright pour des raisons d’embargo). S. Ritter confirme : la stratégie des Etats Unis est de deshumaniser l’ennemi.
J’ai particulièrement apprécié d’avoir entendu en direct les propos de Scott Ritter. Ce qui me gène, c’est qu’il y ait aussi peu d’écho aux propos de cet homme qui vient défendre la vérité et calmer le jeu (un papier de lui dans Le Monde du 12 avril, un article-interview le lendemain dans Le Progrès).
Au moins aurons nous été prévenus.
Christian Guyard

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