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Le rapport annuel de Reporters sans frontières, publié récemment, est sans appel : l'ensemble des chiffres est en augmentation par rapport à l'année précédente.
Aujourd'hui, plus d'une centaine de journalistes sont emprisonnés dans le monde. Un nombre jamais atteint. Dernière donnée qui en dit long sur le mauvais état de la liberté d'expression dans le monde : l'année passée, 31 journalistes ont été tués pour avoir exercé leur profession, dont huit en Afghanistan. Et depuis le débat de l’année déjà 9 journalistes sont morts.
Sale temps donc, pour la liberté de la presse en cette première année du troisième millénaire : sur tous les continents, l'exercice de ce droit fondamental, constitutif, avec quelques autres, d'un fonctionnement démocratique de toute société, a subi de rudes attaques visant les médias et ceux qui les font. Elles sont physiques, à l'encontre des personnes (menaces, coups et blessures, assassinats) ; elles sont effectuées sous le couvert de lois répressives (censure, interdictions de paraître, interpellations, condamnations à des peines de prison) ; elles visent enfin les installations elles-mêmes (antennes, imprimeries, sièges des entreprises). De façon générale, le constat est attristant : la situation de la liberté de la presse dans le monde s'est nettement dégradée en 2001.
Quelques « bonnes » nouvelles...
Quelques victoires ont certes été enregistrées. Quelques victimes, emblématiques de la répression menée par des régimes qui ne supportent pas d'autre information que celle qu'ils dictent, ont retrouvé la liberté. C'est le cas du journaliste Nizar Nayyouf, qui a quitté en mai les geôles syriennes où il avait été détenu pendant neuf ans, ou encore de la journaliste et écrivain San San Nweh, libérée en juillet, après sept années passées dans le pavillon des femmes de la prison d'Insein, à Rangoon, en Birmanie. Ils sont libres, mais ils gardent pour le restant de leur vie les séquelles physiques d'une détention durant laquelle tout a été mis en œuvre (isolement total, humiliations, refus de soins médicaux, mauvais traitements, torture) pour les briser dans leur corps comme dans leur esprit. Ils sont libres, mais, fin 2001, le régime de Rangoon conservait le triste privilège de figurer à la première place, à égalité avec l'Iran, du palmarès du nombre des journalistes emprisonnés (18) et, si les prisons syriennes sont désormais vides de journalistes, les autorités n'ont pas relâché leur mainmise sur l'information. Un nouveau décret sur la presse, particulièrement restrictif, a été promulgué en septembre et la famille de Nizar Nayyouf fait l'objet d'incessantes pressions pour inciter le journaliste, exilé en Europe, à taire ses critiques contre le régime.
Et quelques « bonnes » intentions
Au chapitre des bonnes nouvelles, on peut inscrire aussi les progrès accomplis dans quelques pays. Ils sont bien peu nombreux à figurer dans ce tableau d'honneur. Au Chili, le célèbre article 6b de la loi sur la sécurité intérieure de l'État, adoptée en 1958, a enfin été abrogé. Il prévoyait jusqu'à cinq ans de prison pour ceux qui "injurient" ou "calomnient" les hauts représentants de l'État. Au Pérou, la page de l'"ère Fujimori" semble définitivement tournée. Libérée de la pression des services de renseignements et d'une justice aux ordres, la presse peut de nouveau remplir pleinement sa fonction sans craindre de représailles. En Serbie, la liberté de l'information a naturellement accompagné l'avènement de la démocratie après la chute du régime de Slobodan Milosevic en octobre 2000. Mais les espoirs d'une réforme rapide du secteur de l'information et de la législation sur la presse ont été déçus. En sera-t-il de même en Afghanistan après la chute du régime des Talibans ? Les premières déclarations des nouveaux maîtres de Kaboul incitent plutôt à l'optimisme, mais ces bonnes intentions dureront-elles ?
Enfin, sur le continent africain, un nombre non négligeable de libérations ont eu lieu : en Éthiopie, quatre journalistes emprisonnés depuis 1997 ont été élargis par "manque de preuves" ; au Togo et en République démocratique du Congo, des journalistes détenus depuis plusieurs mois ont été grâciés par le chef de l'État. Les pressions exercées par le pouvoir dans ces pays n'en restent pas moins très fortes.
Enfin, les conséquences des attentats commis le 11 septembre à New-York n'ont pas fini de se faire sentir. Plusieurs textes de lois adoptés pour lutter contre le terrorisme sont inquiétants et fragilisent le principe fondamental de la libre circulation de l'information. Au Canada et aux États-Unis, des mesures ont été prises qui remettent en cause le secret des sources et renforcent la surveillance d'Internet. Dans la guerre engagée contre "les forces du mal" l'administration Bush est peu regardante sur les moyens. Les médias d'information doivent choisir leur camp et la propagande a le pas sur la vérité. L'adversaire doit être muselé et les médias "rebelles" anéantis. Devant un tel manichéisme, il y a du souci à se faire !
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