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Colloque : Que fait la presse ? Paris et enjeux pour demain
 

« C’est le quart d’heure lyonnais ? » lance un des participants à 14h30. En attente des retardataires, les intervenants bénéficient de 20 minutes supplémentaires pour se chauffer la voix. Journalistes, étudiants, communicants, élus ou encore chefs d’entreprises, tous ont investi la salle du Conseil du Grand Lyon pour s’informer de l’état de la presse quotidienne régionale en France, en Europe et aux Etats-Unis.


Modérateur d’un jour, Bertrand Labasse (au centre), directeur du CESP et enseignant à l’ESJ de Lille donne le ton. « Comment allons-nous ? » Les concertistes, des journalistes américain, espagnol, français, italien, suisse et suédois vont interpréter leur partition en solo plutôt qu’à l’unisson.
Après la présentation de ce colloque par Michel Texier, président du Club de la presse de Lyon et les interrogations sur l’avenir de la PQR soulevées par Jean-Michel Daclin, ancien journaliste aujourd’hui vice-président du Grand-Lyon, Bertrand Pecquerie plante le décor. « Un seul titre (Ouest-France 780 000 exemplaires) parmi les 100 premiers quotidiens mondiaux, voila qui reflète bien le poids de la presse française aujourd’hui. Et de rappeler qu’au début du siècle elle était l’une des premières au monde. Pourquoi est-elle devenue l’une des plus faibles, au même niveau que la Croatie ou la Bulgarie » ? En fait, explique-t-il : « On a perdu l’identité et la proximité au profit de grands empires régionaux. Ailleurs on a conservé les titres, c’est à dire qu’aujourd’hui on devrait, par exemple, avoir un journal à Villeurbanne et un autre à Vienne ».

Plus de lecteurs mais 2000 journalistes au chômage en Suède
Si l’Asie caracole en tête des quotidiens les plus vendus dans le monde, les pays scandinaves sont également très bien placés. 87% des Suédois lisent un journal tous les jours. « La population accorde une grande confiance aux journalistes de la presse quotidienne régionale. Je crois que cela est dû au fait que chaque rédaction se réunit une fois par semaine pour débattre, et combattre ainsi le journalisme marchandise. » affirme avec conviction Eva Sternäng, journaliste à Expressen. La présence de la presse gratuite depuis plusieurs années sur le marché suédois lui permet d’avoir un certain recul sur ce phénomène. « Les gratuits n’ont pas eu d’effets néfastes sur le nombre de lecteurs. Bien au contraire. Quand le nombre de journaux augmente, les gens lisent plus. Seuls, 7% des lecteurs de Metro consultent uniquement cette presse » déclare Eva Sternäng avant de préciser : « En revanche, l’arrivée de Métro a considérablement modifié le marché de la publicité, et donc diminué les revenus des journaux. En réponse à cette carence financière, la presse régionale suédoise licencie et demande plus de polyvalence à ses journalistes... Et les éditeurs réclament 15% de profit chaque année » ! Un chiffre qui laisse rêveur certains intervenants.
La presse suisse n’est pas non plus épargnée par les difficultés financières. Depuis 2001, le phénomène de concentration provoque l’érosion des ventes. Mais la «souplesse sociale» permet aux journaux de supprimer des postes de rédacteur facilement, et donc de rétablir une certaine stabilité financière.
Pour Alain Jourdan, journaliste médias à La Tribune de Genève, la presse helvétique bénéficie d’atouts en matière de distribution, de fabrication, et de rédaction. « Mais notre atout majeur, c’est de nous soucier énormément du lecteur, du courrier que nous recevons. Nos conférences de rédaction durent aussi plus d’une heure chaque matin avec, au centre des débats, la transparence » explique Alain Jourdan.

Nous ne faisons pas le même métier !
« Les journalistes de l’hexagone sont trop enclins à céder aux pressions politiques » constate Alex Renyé, rédacteur en chef d’El Punt : « Lors des attentats de Madrid, la presse espagnole de proximité a refusé de suivre les directives gouvernementales. Nous avons été les premiers à prononcer le nom d’Al Quaïda, alors qu’Aznar faisait passer la consigne ETA. » explique-t-il. La presse espagnole de proximité parvient aussi à mieux concurrencer les journaux nationaux. « Nous privilégions l’information à grande échelle, et non ce qui se passe dans les villages. Nous ne faisons pas le même métier que les Français ! » soutient-il.
Pour le rédacteur en chef du Dauphiné Libéré, le problème majeur de la presse régionale demeure son prix de vente. « Le lecteur est aussi de plus en plus exigeant et souhaite davantage d’analyse » commente Christian Sadoux pour qui le conformisme risque de mettre en péril le journalisme. Les écoles doivent donc encourager les étudiants à exprimer leur personnalité à travers leur plume. Sans un tel sursaut, le lectorat ne cessera pas de se désintéresser de la presse de proximité.

2004, une année à haut risque
« L’année à venir est à haut risque. Le phénomène des gratuits va jouer un rôle catalyseur de tous les problèmes que rencontre la PQR » alerte Jean-Marie Charon. « On doit se demander comment font les gens pour s’informer, et non ce que les gens font avec leur quotidien » ajoute-t-il. Ainsi, seulement, la presse peut avoir de l’avenir.

Pour l’américaine Geneva Overholser, la presse aux Etats-Unis reste un très grand sujet d’inquiétude. En effet, près de 35% des Américains pensent que les médias fragilisent la démocratie. L’ex-modératrice du Washington Post note que le « journalisme civique » apparaît de plus en plus aux Etats-Unis et que rédactions et journaux s’organisent pour trouver des solutions. Elle terminera par un point positif : « la presse reste libre et solvable avec des journalistes qui se sentent concernés ».
Rémy Rieffel a identifié certaines faiblesses de la PQR. Il plaide pour un environnement moins masculin (les femmes ne s’y retrouvent pas), plus jeune (40% des rédacteurs ont entre 24 et 40 ans) et l'évolution du niveau des journalistes. En clair il préconise de redynamiser les rédactions avant de rappeler : « Ne faut-il pas se demander avant d’écrire ce que le lecteur doit savoir... »
S’il est vrai que la presse quotidienne a un train de retard, Jean-Marc Williatte, reste résolument optimiste et souhaite en finir avec le fait d’associer à chaque média une fonction. A l’instar de Jean-Marie Charon, qu’il cite abondamment, il veut offrir aux lecteurs une approche globale de l’information. « Les gens n’ont plus de repères, il faut leur en donner » ajoute-t-il. C’est en partant de ce postulat qu’il bâtit la nouvelle formule du Progrès autour de trois grands axes : « didactique, utilitaire et convivial ».
« Alors que les ventes baissent depuis une dizaine d’années, il y a un potentiel de lectorat qui se remarque dans des événements comme les élections régionales » note Jean-Pierre Souchon, porteur du projet du nouveau Dauphiné Libéré avant de préciser : « La notion d’identité régionale n’existe pas en Rhône-Alpes comme en Alsace ou en Bretagne. On est en manque d’acheteurs mais pas de lecteurs car les gens se passent les journaux ».
De l’autre coté des Alpes, Gianluigi Montresor, ancien directeur à La Stampa, explique la limitation des ressources des quotidiens : la première cause étant la publicité, la seconde, le nombre d’hebdomadaires et de mensuels (52 titres certifiés). « En Italie, les quotidiens répondent surtout à une demande d’informations sur les services de proximité et les informations politiques. Les quotidiens locaux sont des leaders naturels du marché local ».

La formation en question
Plusieurs intervenants ont reproché un enseignement trop formaté des jeunes étudiants. Quand ils arrivent dans nos rédactions, on constate un décalage entre les méthodes de travail enseignées et celles auxquelles ils doivent se plier. Jean-Pierre Tailleur, qui a fait ses études à l’Université de Columbia aux Etats-Unis note le manque de vision intellectuelle de ses professeurs dans le cours de presse où seule la pratique comptait. Il déplore par ailleurs le manque d’expertise journalistique et le fait que la presse quotidienne régionale soit absente des grands débats. « Il faut », dit-il : « s’inspirer du journalisme américain qui donne plus de moyens à l’investigation ».

Loic Hervouet qui avait la lourde charge de clôturer ce colloque a voulu conclure sur quelques notes d’espoir et a souligné trois points importants : « Il faut partager des valeurs avec son public autour d’une éthique transparente, accepter l’interactivité et valoriser les initiatives surtout quand elles sont positives : le reproche de pessimisme des journalistes est récurrent, mais on prime aussi aujourd’hui les papiers optimistes comme par exemple le prix des reporters de l’espoir ».

Tatiana Mossot, Olivia Corre et Guillaume Desmalles de l’ISCPA.

Voir aussi l'article de Jean-Marie Charon "Avis de gros temps sur la PQR française" : www.clubpresse.com/lyon/dossiers/153
Ainsi que les réactions des intervenants : www.clubpresse.com/lyon/dossiers/170

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