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Depuis ces toutes dernières années la tonalité des commentaires sur la PQR française a basculé. Considérée hier comme le secteur prospère de la presse quotidienne, elle apparaît au contraire comme désormais dangereusement orientée à la baisse.
Et de fait les écarts sont extrêmement importants si l’on examine les évolutions sur la longue durée (ici 15 ans)
[J’ai choisi à dessein 3 groupes de quotidiens, de métropoles régionales, de ville à économie « moderne », de régions plus rurales]
1988 2003
Le Progrès 303 795 249 478 - 54 317 - 17,8%
La Provence 243 922 161 153 - 82 769 - 33,9%
Voix du Nord 374 050 304 354 - 69 696 - 18,6%
Dauphiné 294 200 250 547 -43 653 - 14,8%
Dépêche 241 514 207 839 - 33 675 - 13,9%
Ouest France 765 195 773 549 + 8 354 + 1,1%
Télégramme 181 305 187 523 + 6 218 + 3,4%
Certains de ces chiffres sont impressionnants, et encore pour des villes à fort dynamisme démographique, ils masquent les évolutions de la pénétration. Tout un temps le décrochage de cette pénétration fut totalement caché par la stabilité apparente de la diffusion. Je prendrai pour l’illustrer une analyse faite par le bureau d’étude de Ouest France.
J’ai choisi la période 1968 – 1990. Ces chiffres sont départementaux et comprennent l’ensemble des ventes de quotidiens :
1968 1990
Rhône 59,9 26,2 -33,7%
Bouche du Rhône 49,1 25,6 -23,5%
Nord 58,4 35,4 -23%
Isère 62,9 28,1 -34,9%
Haute Garonne 46,4 23,2 -23,2%
Ille et Vilaîne 53,1 46,8 -6,3%
Finistère 69 64,5 -4,5%
Si l’on tente d’interpréter ces deux séries de chiffres, assez différents, selon les groupes que j’ai délibérément isolés, quatre données déjà anciennes s’avèrent être à l’œuvre (les premières référence à ce phénomène apparaissent dans des études de Ouest France de la fin des années 70) :
- le lectorat jeune boude la presse régionale,
- les femmes actives sont moins nombreuses à la lire
- les habitants des banlieues, puis des centres villes, les « déracinés », abandonnent la lecture de la PQR (souvent au profit des magazines)
- un déficit de cadres, de professions intellectuelles, à fort niveau de qualification, fait parfois aussi quelque peu défaut.
En réalité c’est l’ensemble de ces facteurs qui se cumulent dans les villes métropoles.
C’est bien sûr une évolution redoutable puisque ce sont les facteurs d’évolution de la société française qui, à chaque fois, sont en cause (urbanisation, renouvellement des génération, activité des femmes, etc.).
J’en tirerai quelques remarques :
- Jusqu’à présent, la réponse éditoriale fut : « plus de proximité et d’info service », or ça ne marche pas pour les zones fortement urbanisées.
- Pour le public plus jeune, plus urbain, plus féminin, l’évaluation du quotidien régional ne se fait pas sur la locale, mais sur l’info géné, le sport, certaines pages magazines. Y a-t-il toujours une valeur ajoutée évidente au regard de la radio, de la télé, du « gratuit » ?
- Le quotidien régional prétend pouvoir proposer une réponse éditoriale unique pour l’ensemble de la population, dans une société toujours plus segmentée, là où tous les autres médias thématisent et segmentent. Est-il possible de continuer une telle marche à contre-courant ?
- Le quotidien régional se comporte bien souvent comme si il se suffisait à lui-même pour ses lecteurs alors que ceux-ci écoutent la radio, regardent la télévision, lisent des magazines, consultent Internet, de plus en plus souvent.
En conclusion :
Je crains que la PQR soit à un tournant, un moment tout à fait crucial, dont le catalyseur pourrait bien être le « quotidien gratuit ».
Il y a urgence d’une réaction profonde et déterminée, qui soit ni plus ni moins qu’une sorte de refondation éditoriale. Celle-ci appelle, au minimum, l’analyse fine des expériences étrangères, ainsi que le développement d’outils et de méthodologies d’études qui restituent l’ensemble des pratiques d’information et de communication du public et non plus ces études d’audience média par média qui nous privent d’une compréhension de la pratique réelle de nos contemporains en matière de médias.
L’heure est à la mobilisation collective, sur ces deux aspects (comparaison éditoriale, connaissance du public) et non plus pour de simples mesures cosmétiques d’aides en tous genres ou de énième changement de format.
Jean-Marie Charon
Voir aussi l'article "Colloque: Que fait la presse? Paris et enjeux pour demain" : www.clubpresse.com/lyon/dossiers/152
Ainsi que les réactions des intervenants : www.clubpresse.com/lyon/dossiers/170
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