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Bertrand PECQUERIE, directeur du World Editors Forum :
A l’échelle européenne, la presse quotidienne française est aujourd’hui l’une des plus faibles. On peut parler d’un constat de carence et de faillite depuis 40 ans. Les grands empires régionaux se retrouvent sans identité et sans aucune proximité avec leur ville et leur région. Dans un climat de concurrence, les échanges rédactionnels sont inexistants. Il faut revoir la formation journalistique et se méfier de la polyvalence dans l’apprentissage des médias.
Christian SADOUX, rédacteur en chef du Dauphiné Libéré :
En France, la presse quotidienne régionale se retrouve écrasée par un système de marketing trop concurrentiel. Le marché publicitaire actuel de cette presse est une des causes de la perte de ses lecteurs. Elle s’explique également par le fait que l’information délivrée n’est pas assez vaste et ne répond pas aux attentes d’un lectorat de plus en plus exigeant.
Aleix RENYE, rédacteur en chef d’El Punt :
Comparée à la France, la presse espagnole est beaucoup plus jeune. Elle ne connaît pas cette complaisance qui existe entre les institutions et les journalistes français. Les journalistes bénéficient de beaucoup plus de crédit et ne sont pas victimes de pressions institutionnelles. La presse régionale espagnole a su résister aux pressions du gouvernement après les attentats du 11 mars 2004. La culture journalistique espagnole est à l’origine d’une presse de proximité puissante qui concurrence les journaux nationaux.
Eva STERNANG, journaliste à Expressen :
En Suède, les gratuits représentent depuis quelques années une menace pour la presse quotidienne régionale. Toutefois, ils peuvent se révéler complémentaires avec la presse de proximité dans la mesure où ils incitent le lecteur à approfondir sa recherche d’informations. Il faut avant tout combattre ceux qui veulent faire du journalisme une marchandise.
Alain JOURDAN, Journaliste à La Tribune de Genève :
A Genève, le constat est moins alarmant qu’en France. Le réseau de diffusion très dense donne un taux de pénétration de la presse très important. En comparaison avec la France, nos journalistes sont mieux considérés et bénéficient de plus de pouvoir. Une notoriété qui facilite leur travail au quotidien.
Jean-Marie CHARON, Ingénieur de recherche (CNRS / Ecole des hautes études en sciences sociales) :
Depuis ces toutes dernières années la tonalité des commentaires sur la PQR française a basculé. Considérée hier comme le secteur prospère de la presse quotidienne, elle apparaît au contraire comme désormais dangereusement orientée à la baisse.
Geneva OVERHOLSER, ancienne directrice du Register (lowa), ex-modératrice du Washington Post :
Un tiers de la population estime que les médias blessent la démocratie. La baisse du jeune lectorat, de la crédibilité des quotidiens et la pression des productions dans les journaux, constituent des facteurs menaçants pour la presse de proximité . Dans un journalisme civique en plein essor, des organisations se créent pour lutter contre le sentiment de préoccupation due aux erreurs d’éthique. La presse américaine reste une presse libre et solvable.
Rémy RIEFFEL, ancien directeur de l’Institut Français de Presse, professeur à l’université Paris 2 :
Dans un milieu journalistique trop masculin, la presse de proximité connaît un réel problème de dynamisme. Une situation qui a des incidences sur la représentation de la réalité. Conséquence directe de ce phénomène : un manque de critique dans le traitement de l’information. En insistant sur une meilleure formation journalistique, il faut redonner au traitement de l’information une jeunesse perdue.
Jean Marc WILLIATTE, diirecteur du développement éditorial du Progrès :
En France, la presse est un problème socioculturel. La crainte de créer une presse généraliste est omniprésente. Il faut adopter une approche globale de l’information sans répondre à une logique de marketing. Délivrer une information de la façon la plus didactique possible. Dans la presse quotidienne régionale, la convivialité est une notion clé à ne pas oublier.
Jean-Pierre SOUCHON, rédacteur en chef adjoint et chef de projet du Dauphiné Libéré :
On observe une baisse des ventes ces dix dernières années. L’identité régionale en Rhône-Alpes est inexistante. Tout bouge et tout se transforme mais il ne faut pas modifier l’identité du journal. La presse est en manque d’acheteurs mais pas de lecteurs.
Le nombre excessif de tâches techniques confiées aux journalistes les empêche de se concentrer sur le contenu de l’information.
Gianluigi MONTRESOR, directeur de la recherche de ConsulEdis (Consulting editorial), ancien directeur à La Stampa :
Le marché italien est plus tôt stable. Malgré des parts de marché forte. La presse locale ne peut pas faire front à la presse nationale. Celle-ci passe donc par le multimédia.
Jean-Pierre TAILLEUR, Journaliste, auteur de « Bévues de presse » :
Dans une actualité ou les auteurs dénoncent un journalisme en crise, il n’y a pas assez de débats sur les problèmes qui existent dans la presse quotidienne régionale. Il faut prendre exemple sur les méthodes journalistiques américaines qui donnent plus de moyens d’investigation.
Loïc HERVOUET, Directeur de l’ESJ :
Il faut éliminer les fausses solutions qui consistent à toujours vouloir trouver une nouvelle approche en matière de marketing. Il faut davantage se concentrer sur le contenu du journal. Cela passe par un journal qui parle de la « vraie vie » de ses lecteurs.
Voir également l'article "Colloque : Que fait la presse ? Paris et enjeux de demain : www.clubpresse.com/lyon/dossiers/152
Ainsi que celui de Jean-Marie Charon : www.clubpresse.com/lyon/dossiers/153
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