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La séance plénière du matin : Le traitement de l'information de proximité
Xavier Mouligneau (chef d'édition au bureau d'information local de la RTBF - radio), Hubert Prevost (rédacteur en chef adjoint en charge des rédactions locales La Voix du Nord), Didier Eugène (président de Réseau-ESJ), Jean-Pierre Vittu de Kerraoul (Sogémédia, ancien président du Syndicat de la presse hebdomadaire régionale), Jean-François Bège (responsable du pôle édition du groupe Sud-Ouest), Bernard Monsigny (documentariste)
« Votre journal, toujours plus proche de vous ». Quel média n'a pas utilisé cet argument auprès de son public ? Après les quotidiens régionaux, traditionnellement tournés vers l'information locale, les autres médias ont pris le pas de la proximité.
Dès lors, quelle définition donner à la notion de proximité ? Proximité géographique, communauté d'intérêts ? Et que suppose cette orientation sur le travail des journalistes, dans les médias de proximité (PQR, radios locales, TV régionales, presse de collectivité) et les autres ?
Ces dernières années ont vu l'incroyable essor des hebdomadaires de proximité. La formule économique paraît pertinente, au regard des ventes et des titres créés. Lancés, entre autres, sous l'impulsion de Jean-Pierre Vittu de Kerraoul, le patron de L'Observateur et ancien président du Syndicat de la presse hebdomadaire régionale, les hebdos locaux bousculent les traditions de la PQR. Jean-Pierre Vittu de Kerraoul dresse l'état général de ce type de support. Hubert Prevost, rédacteur en chef adjoint, en charge des locales, présente la politique de La Voix du Nord.
Les titres de la PQR, en France, ont aussi adapté leur stratégie aux évolutions technologiques de la communication. Tous les titres ou presque disposent aujourd'hui d'un support multimédia. Mise en commun de moyens ou facteur de diffusion de l'information ? Véronique Cohu-Weill et Alain Goguey, respectivement journalistes aux Dernières Nouvelles d'Alsace et à La Voix du Nord, mettent en perspective les liens reliant internet à la rédaction ;
Mais les médias de proximité ne peuvent faire l'impasse sur l'information extérieure au territoire, arrondissement ou région. Comment rendre compte d'événements internationaux ou nationaux ? C'est la mission des services d'informations générales. Patrice Leprince, du Soir et Didier Eugène, d'Ouest-France, font état des choix de leurs rédactions.
Les ateliers du matin
Atelier 1 : Évolution du contenu des journaux locaux
Frédéric Baillot (responsable de la filière presse hebdomadaire régionale à l'ESJ Lille), Gérard Loigerot, Jean-Paul Visse (ex-journaliste à La Voix du Nord), Daniel Leau et Frédéric Lépinay (journalistes indépendants)
La proximité s'envisage de différentes manières selon les supports de presse et elle est en tout cas une condition fondamentale pour la pérennité d'un titre.
Être proche de son lecteur permet de créer une complicité, assurance de valeur ajoutée pour le support d'information. Mais dans un monde de plus en plus vaste, alors que la perception de notre environnement s'élargit et la mondialisation impacte notre quotidien, on peut s'interroger si la notion de proximité géographique a encore un sens.
Les ventes de quotidiens régionaux ont diminué de six cent mille exemplaires en dix ans. La PQR vend aujourd'hui six millions de journaux par an et son lectorat se fait vieillissant. La proximité géographique se perd-elle au profit d'une information dite de service ou une information « thématique », c'est à dire répondant aux centres d'intérêts de chacun ?
La proximité des sources d'information a engendré une presse de proximité plutôt consensuelle dont la qualité est parfois discutée. La présence croissante de journaux de collectivités dans les boîtes aux lettres ajoutent à la confusion et à la surinformation. Pourtant, des journaux locaux, au ton discordant, oeuvre de journalistes indépendants, apparaissent parfois sur la place publique... augure à un autre type d'information de proximité ?
Pour aborder ces questions :
Jean-Paul Visse, ancien journaliste, écrivain.
Ancien journaliste à la Voix du Nord, il vient de publier un livre retraçant l'histoire du journaliste localier. Ses premières incarnations lors de la première guerre mondiale. Petit point d'histoire afin d'évoquer les évolutions des profils des journalistes localiers.
Frédéric Baillot, responsable de la filière presse hebdomadaire régionale à l'ESJ.
Il nous donne les raisons de la création d'une filière spécifique à la presse hebdomadaire régionale et il nous décrit le type de travail exercée par le journaliste local.
Daniel Leau et Frédéric Lepinay : ces deux journalistes dénoncent la consensualité des journaux locaux et ont créé deux publications d'investigation de proximité. L'une d'elles a fermé : Frédéric Lepinay nous en donne les raisons. Manque d'engouement du lecteur, manque de moyens et de soutien financier ?
Atelier 2 : Évolution des méthodes de travail et nouvelles technologies
Alain Goguey (représentant syndical CFDT La Voix du Nord), Philippe Schröder, Jean-François Bège (responsable du pôle édition du groupe Sud-Ouest), Sabine Bertaux (ex-journaliste à La Voix du Nord, doctorante en sciences de l'information et de la communication), Véronique Cohu-Weill (responsable du site Internet des Dernières Nouvelles d'Alsace)
Démocratisé au milieu des années 90, Internet a bouleversé la presse dans de nombreux aspects. Chez les employeurs, l'avènement du web pousse la réflexion sur des nouvelles méthodes de diffusion de l'information. Chez les journalistes, il implique des changements importants dans les méthodes de travail notamment dans les parties recherche de l'information.
Initiée en 1997, la presse quotidienne régionale a investi les pages du web déversant en ligne le contenu de ses éditions. Internet, vitrine ou stratégie économique à la rentabilité encore discutée, les journaux régionaux poursuivent ce mouvement inéluctable. Que peuvent espérer les employeurs de cet investissement, quelles synergies peuvent-ils espérer de la multiplication de leurs supports ?
Des responsables de sites de deux grands quotidiens d'information régionale nous commentent les stratégies de leurs groupes respectifs et les moyens mis en place. Alain Goguey, journaliste à La Voix du Nord, représentant syndical CFDT commente les risques qu'encourt la profession dans la poursuite des synergies entre titres.
Les gains de productivité effectués grâce aux améliorations technologiques - rapidité de traitement, travail en réseau, accès aux données centrales, transmission des données - transforment les sources d'information de « réelles, c'est-à-dire éprouvées » à celles virtuelles, écumant la toile. Résultat : de plus en plus, les journalistes travaillent à distance, par téléphone ou par courriel. Comment dès lors parler d'information de proximité ?
Jean-François Bège : en tant que responsable du pôle édition du groupe Sud-Ouest, ses fonctions l'amènent à travailler sur différents types de supports. Il est en mesure de nous parler des synergies que les groupes de presse peuvent attendre entre leurs différentes formes notamment entre Internet et l'édition papier.
Véronique Cohu-Weill : en tant que responsable du site internet des Dernières Nouvelles d'Alsace, Véronique nous parle des raisons de la création de ce site, de son contenu et du trafic qu'il engendre.
Alain Goguey, syndicaliste CFDT à La Voix du Nord, commente les synergies entre titres et les risques qui en découlent sur la production du journaliste.
Sabine Bertaux : ex-journaliste à La Voix du Nord, doctorante en sciences de l'information et de la communication, commente les évolutions qui ont cours sur le travail du journaliste. Internet : source d'archives, de documentation, possibilité de rencontres démultipliés ; phénomène qui rapproche et qui éloigne le journaliste du terrain. Avantages et limites.
Atelier 3 : Le traitement de l'international
Patrice Leprince (journaliste, Le Soir), Thierry Guidet (ESJ International), Jean-Marie Tyrou (ex-journaliste à La Voix du Nord à Londres), Didier Eugène
Si la « proximité géographique » est le critère qui provoque l'achat du titre de presse régional, il est indirectement le moyen d'accès aux informations nationales et internationales.
L'investissement de la presse quotidienne régionale dans la création de reportages à l'étranger tend à se réduire et les dépêches d'information remplissent les pages internationales des grands quotidiens régionaux. Pourtant la presse régionale crée aussi l'opportunité d'intéresser le lecteur en osant une « régionalisation »... Partage d'expériences.
Jean-Marie Tyrou, ex-correspondant pour La Voix du Nord à Londres : son expérience et son regard sur l'évolution du traitement de l'information internationale dans les quotidiens régionaux. Lui-même correspondant à Londres pour La Voix du Nord, il a vécu la suppression de son poste de correspondant.
Patrice Leprince : journaliste au quotidien belge Le Soir. Il est en déplacement une fois par an à l'étranger pour rendre compte de situations « vue par » ou « pour » des Belges. Par exemple, un reportage sur la situation un an après le tremblement de terre à Alger, vue par les associations caritatives belges sur place.
Didier Eugène : rédacteur en chef d'Ouest France, responsable des informations générales. Quelle place pour l'international à Ouest France ? Quel type d'informations internationales et de quelle manière ?
La séance plénière du matin : La précarisation du métier
Xavier Mouligneau (chef d'édition au bureau d'information local de la RTBF - radio) pour le Hainaut), Jean-Paul Marthoz (directeur international de l'information à la Human Rights Watch), Philippe Allienne (président du Club de la Presse), Gilles Balbastre (documentariste), Olivier Da Lage (ancien président de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels), Jean-Marie Charon (sociologue EHESS-CNRS)
Ce colloque du 4 juin s'ajuste à l'actualité. Une directive européenne relative à l'harmonisation de la notion de droits d'auteur doit être examinée prochainement par l'Assemblée nationale, pour sa transcription en droit français.
Cet examen pourrait redéfinir le « droit moral », dont l'esprit a donné naissance à la clause de conscience. L'avocat Henri Leclerc revient sur les fondements juridiques de ce texte, et Olivier Da Lage, ancien président de la commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, en dresse les enjeux pour le statut de journaliste.
Mais ce colloque ne se veut pas une réunion corporatiste. Les trajectoires des journalistes détenteurs de la carte de presse montrent que le métier compte de plus en plus de précaires. Outre l'aspect statistique, la précarisation de la profession revêt d'autres caractéristiques, directement liées à son exercice.
Journalistes forcés de cumuler des piges et des tâches de communication, morcellement des tâches, disparités des salaires… La seconde partie du colloque aborde donc ces différentes facettes de la précarisation du métier de journaliste dans les dernières années, et s'interroge sur ses conséquences sur le traitement de l'information.
Selon le sociologue Jean-Marie Charon, observateur des médias, le journaliste pigiste est désormais inscrit dans les structures des médias qui se développent de nos jours (presse magazine et TV). Le pigiste permet en effet aux entreprises de presse plus d'adaptabilité, de créativité, etc.
Autrement dit, la précarisation des journalistes, travailleurs de l'information, n'est pas un phénomène qui se limite à la paupérisation de ces derniers. En télévision par exemple, le grand reportage implique souvent des structures précaires (agences d'images, société de productions…)
Mais cette évolution, si elle présente des avantages pour les entreprises de presse, a son revers : fragilisation du statut des journalistes, intensification de l'activité… Dans ces conditions, comment garantir une information vérifiée, sûre, bref, de qualité ?
Jean Paul Marthoz bénéficie d'une vue d'ensemble du phénomène de la précarisation du métier de journaliste et de ses limites. Ancien rédacteur en chef de La Libre Belgique, désormais directeur international de l'information pour l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch, Jean-Paul Marthoz a d'ailleurs renoncé à ses fonctions pour protester contre le recours abusif aux précaires. Son expérience en Belgique, et ses fonctions internationales apportent un éclairage intéressant au débat français.
Atelier 1: Journalistes précaires et organisation du travail
Xavier Mouligneau (chef d'édition au bureau d'information local de la RTBF - radio pour le Hainaut), Jean-Paul Marthoz (directeur international de l'information à la Human Rights Watch), Ludovic Finez, Gilles Balbastre (documentariste), Jean-Marie Charon (sociologue EHESS-CNRS), Jean-François Bège (responsable du pôle édition du groupe Sud-Ouest)
En 2003, plus d'un journaliste sur cinq travaille comme pigiste. Les pigistes - tout comme les intermittents du spectacle dans un autre domaine - sont devenus des éléments assurant une marge de flexibilité à l'entreprise de presse.
Dans le même temps, les conditions de travail du pigiste le mettent en difficulté : il est plus éloigné des sources d'information, il ne travaille pas toujours dans le confort intellectuel espéré, trop occupé à essayer de placer ses papiers ou ses services.
Sa situation de dépendance peut aussi lui faire accepter plus facilement des égratignures au code de déontonlogie et « gonfler ses papiers » pour mieux les vendre.
Une entreprise de presse qui recourt trop aux journalistes pigistes ou aux stagiaires (manque d'expérience, de temps ou de données) peut-elle garantir le bien-fondé et le sérieux de ses informations ? Comment éviter les écueils du suivisme et du consensus face au morcellement de l'information ? Ou faut-il considérer ces écueils comme un état de fait et adopter un regard « compréhensif » ?
Gilles Balbastre : ce journaliste - documentariste - dénonce un système « qui produit et reproduit la précarité ». Il est particulièrement incisif sur ce système qui tend à faire des journalistes des « ouvriers de l'information ».
Jean-Paul Marthoz : directeur international de l'information à la Human Rights Watch. Son expérience en tant que rédacteur en chef de La Libre Belgique nous montre les limites d'un système abusant d'une main-d'œuvre pigiste (la rédaction de La Libre Belgique était composée de trop nombreux pigistes). Jean-Paul Marthoz nous raconte aussi son expérience dans d'autres médias internationaux.
Jean-Marie Charon : ce docteur en sociologie, spécialiste des médias relativise les propos de J.-P. Marthoz. Pour lui, l'emploi de pigistes permet plus de créativité et plus d'adaptabilité pour les rédactions. Il est conscient du revers de la médaille : fragilisation de la profession et intensification de l'activité.
Xavier Mouligneau : chef d'édition pour le bureau local d'information du Hainaut, à la RTBF. Peu de précaires à la radio. Néanmoins il fut lui-même contractuel avant d'être embauché comme permanent à la RTBF radio et TV.
Jean-François Bège : responsable du pôle édition du groupe Sud-Ouest. Il nous alerte sur un nouveau risque : alors que la presse quotidienne régionale se restructure - entrée d'investisseurs extérieurs dans le capital des journaux de PQR, notamment à Sud-Ouest - les employeurs réfléchissent à des stratégies de « groupe ». Un article produit dans un journal pourrait être reproduit dans une autre publication du groupe, mettant un peu plus la profession en danger.
Atelier 2 : Pigistes et permanents, même combat ?
Alain Goguey (représentant syndical CFDT La Voix du Nord), Jean-Pierre Tailleur, Olivier Da Lage (ancien président de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels), Me Henri Leclerc (avocat, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme)
Les offensives pour priver les journalistes de leurs droits d'auteur se multiplient à un moment où la presse disposent de nouveaux supports d'édition (gratuits, Internet…)
Au quotidien, des égratignures viennent fragiliser le code du travail et les employeurs arguent du statut d'œuvre collective pour étouffer les droits d'auteur des journalistes. En prenant prétexte à la transposition de la directive européenne sur le droit d'auteur en droit français via une réforme du Code de la propriété intellectuelle, le spectre de la cession globale des droits d'auteur salariés à leurs employeurs prend forme.
Une position d'autant plus paradoxale puisque l'on observe ces mêmes employeurs rémunérer les pigistes en droits d'auteur afin de minimiser le coût global. La contestation des journalistes, sur ces deux sujets, est vive et s'exprime dans cet atelier.
Henri Leclerc : avocat, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme. Henri Leclerc définit le droit d'auteur et il revient sur les fondements mêmes de la notion.
Géraldine Dauvergne : pigiste pour France-Soir pendant cinq ans, elle est aujourd'hui salariée intégrée à L'Étudiant Paris, depuis un an. Elle a été auteur d'ouvrages en même temps que journaliste pigiste. Elle a observé les différences et les similitudes.
Atelier 3 : Pigistes par choix, par défaut ?
Olivier Van Varenbergh (ex-pigiste pour Le Soir), Patrice Leprince (Le Soir), Yann Kerveno
Avantages et inconvénients… Les pigistes se targuent d'une condition à double tranchant. Si d'un côté, certains se félicitent de leur indépendance, de la gestion de leurs horaires, d'échapper à l'étouffement d'une rédaction qu'ils envisagent comme atrophiée, leur activité implique, par définition, une certaine forme de précarité.
Sous le couvert d'une situation qui peut paraître, à première vue, idéale, certains d'entre eux subissent cet état de fait imposé par des employeurs qui se débarrassent ainsi de la gestion d'une partie de leur main-d'œuvre. Les pigistes contribuent à la précarisation de leur propre métier. Devant s'assurer une source régulière de revenus, en vendant à tout prix leurs services, l'éthique et la déontologie peuvent être deux valeurs « relatives ».
Patchwork d'impressions avec des journalistes concernés, succès et insuccès de journalistes pigistes.
Olivier Van Vaerenbergh : pigiste pendant dix ans pour le quotidien belge Le Soir (et président fondateur de la Société des indépendants du Soir), fondateur du magazine Pepper News. Le statut de pigiste : plus par choix que par nécessité. Les changements qu'il a observés en troquant son statut pour devenir salarié ? Néanmoins, il poursuit ses collaborations en tant que journaliste free-lance.
Patrice Leprince : ce journaliste a commencé à travailler au Soir en tant que pigiste. Puis, il y a deux à trois ans, il a bénéficié de la procédure de « mise aux normes » du quotidien qui a dû faire face à l'embauche des journalistes indépendants qui travaillaient exclusivement pour le journal. Patrice Leprince était l'un d'entre eux.
Gaëlle Copienne : pigiste pour M6 Paris. Un statut qu'elle a choisi.
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