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L’année 2002 sera-t-elle celle de la restructuration du pôle rhônalpin du Groupe Hersant ? On peut le croire suite aux décisions prises par Yves de Chaisemartin, Pdg de la Socpresse, pour tenter d’enrayer une mauvaise conjoncture économique et le déclin des titres phares du groupe. La nomination de Denis Huertas à la direction générale de la Socpresse à Paris, son remplacement à la tête du Dauphiné-Libéré par Henri-Pierre Guilbert, la fermeture du Figaro Rhône-Alpes, la réduction des effectifs et de la pagination de Lyon-Figaro qui passe sous le contrôle de la holding Delaroche SA sont autant de signes tangibles d’un bouleversement annoncé.
La première mesure touchant notre région est tout d’abord la suppression pure et simple des suppléments régionaux du Figaro (Figaro Rhône-Alpes, Figaro Méditerrannée et Figaro Grand Sud-Ouest) d’une part et la cession de Lyon-Figaro à la holding Delaroche SA, qui gère notamment Le Progrès et Le Dauphiné-Libéré. (lire par au dos).
L’autre mesure annoncée concerne la nomination du Pdg du Dauphiné-Libéré Denis Huertas, au poste de directeur général adjoint du Groupe Socpresse, le 12 décembre dernier. Il est remplacé par Henri-Pierre Guilbert qui, devient Pdg du Groupe Dauphiné-Libéré. Cette nomination intervient après celle de Michel Nozière qui a succédé à Xavier Ellie à la tête du Groupe Progrès, il y a un an et demi. Cette nouvelle donne met fin à des années de bataille entre les deux anciens patrons du Progrès et du Dauphiné et place Michel Nozière en position idéale pour mettre en place la restructuration du pôle rhônalpin du Groupe Hersant. En effet le Pdg du Progrès est Directeur général de la holding Delaroche et Henri-Pierre Guilbert, avec lequel il entretient de très bons rapports, est Directeur général adjoint
La naissance du plus important groupe de presse régionale
Avant que Robert Hersant, aujourd’hui disparu, n’acquiert dans des conditions houleuses, en 1983 le Dauphiné-Libéré et en 1986 le Progrès, les deux groupes se sont toujours livrés des batailles acharnées notamment sur le Nord-Isère, carrefour de leur zone d’influence. En 1956, le Dauphiné attaque Le Progrès sur ses terres en créant l’édition Dernière Heure Lyonnaise. Trois ans plus tard, Le Progrès contre-attaque en lançant à Grenoble Le Progrès Dauphinois. Cette lutte au couteau met en péril les deux titres qui par la force des choses signent l’armistice le 27 septembre 1966. Ce jour là, le lecteur apprend en achetant son quotidien, la naissance du plus important groupe de presse régionale. De cet accord, suit par une convention, la création de sociétés agréées par les deux groupes, qui couvrent les domaines de la publicité, de l’impression, de la rédaction et de la diffusion qui, permettent à chacun des titres de se renflouer.
En 1970, Jean Brémond succède à son père à la direction du Progrès. En 1972, la direction du quotidien aurait dûe être alternativement confiée, tous les quatre ans à Jean Brémond, puis à Jean-Charles Lignel pour une durée prévue de 25 ans. Or, une rivalité existe entre les deux cousins... Lignel refuse de voter le bilan d’Aigles, société commune aux deux titres, présenté par Jacques Gallois pour l’année1973. Lignel est évincé de ses fonctions de toutes les sociétés. Le 8 juillet 1974, Lignel engage un procès pour résilier les accords passés en 66 et la dissolution des sociétés. Quatre ans plus tard, le tribunal tranche pour une vente aux enchères privées de la société Delaroche et Cie. Le 19 mars 1979, Jean-Charles Lignel l’emporte et devient Pdg du Progrès. Aussitôt, il dénonce les accords de 66 et les deux titres retrouvent leur autonomie le 1er janvier 1980. Les lecteurs, les machines, les immeubles, le marché publicitaire et les journalistes sont brusquement partagés en deux !
Un lourd contentieux historique
Au delà de l’aspect économique de la rupture des accords de 66, les conflits juridiques ont coûté très cher. Ils ont non seulement affaibli le Dauphiné-libéré, racheté par Robert Hersant en 1983, mais aussi le Progrès.
Pendant ce temps, le Dauphiné relance la diffusion de Lyon-Matin pour concurrencer le Progrès à Lyon dont la situation financière devient aléatoire. En 1985 circulent des rumeurs de dépôt de bilan, les salariés se mettent en grève et finalement Jean-Charles Lignel, qui ne peut plus honorer ses dettes, cède le groupe Progrès à Robert Hersant, alors qu’il déclarait quelques mois plus tôt «être le seul à se battre contre Hersant».
Enfin, en janvier 1993, un premier plan de restructuration du groupe Hersant Rhône-Alpes intervient avec d’une part un redécoupage des zones de diffusion du Progrès et du Dauphiné et d’autre part la fusion des rédactions du Progrès et de Lyon-Matin.
Une logique de rapprochement...
On ne peut que difficilement gommer un tel contentieux historique et aujourd’hui depuis l’arrivée de Michel Nozière à la tête du groupe Progrès, « on a évité l’affrontement dans le pays de Gex et le Nord-Isère » confie un journaliste issu des deux titres et de poursuivre : « Ne pas avoir d’hommes nouveaux à la tête des groupes a été préjudiciable, les gens qui ont dirigé le journal ont été noyés par l’histoire de leur titre respectif ». Le Syndicat national des journalistes (syndicat majoritaire au Progrès) a le sentiment qu’aujourd’hui tout peut évoluer très vite : « Depuis le départ de Vincent Lanier, chef d’agence de Villefontaine pour le département de l’Ain, on constate que son poste a été remplacé par un journaliste en contrat à durée déterminée ». Cette absence d’affectation de journaliste en contrat à durée indéterminée pourrait bien signifier de nouveaux accords entre les deux titres dans le Nord-Isère. Cette décision qui pourrait passer pour anodine est cependant la seule partie visible de l’iceberg, avec la réactivation de la holding Delaroche, préfigurant le rapprochement effectif des deux titres.
... Et de restructuration
La restructuration, qui s’accompagnera de départs négociés, pourrait donc commencer avec l’objectif d’enrayer la chute du lectorat depuis dix ans en dynamisant la production intellectuelle tout en rénovant la production industrielle. Invité du Club de la presse, en mars dernier, Michel Nozière avait précisé qu’il entendait maintenir l’indépendance des titres, voire la redévelopper tout en profitant des synergies du groupe sur le plan juridique et/ou publicitaire. Michel Nozière a désormais les coudées franches pour entamer une véritable restructuration, qui selon les syndicats ne devrait pas toucher les journalistes dans ses effectifs, mais concernerait entre 200 et 300 personnes dans chacun des deux titres. A suivre...
S.T.
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Chambardement dans le pôle rhônalpin du groupe Hersant (janvier 2002)
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