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En ouvrant ce café média, notre confrère Denis Bernadet explique d’emblée « qu’il ne s’agit pas de remettre en cause le système des partis mais seulement d’apporter de nouveaux éléments, dans une société où les gens ne se reconnaissent plus forcément dans le découpage politique traditionnel. Le traitement journalistique de la politique uniquement en fonction des partis est-il aujourd’hui suffisant ?» se demande-t-il. Rappelons que les partisans du oui et du non, lors des débats sur la Constitution européenne, avaient transcendé les partis ».
« Les électeurs se détournent de plus en plus des candidats de gouvernement, constate Francis Brochet, comme le démontre l’augmentation du taux d’abstention, et les candidats eux-mêmes soulignent leur non-appartenance, le fait d’être « en dehors ». Mais comment alors suivre les candidats hors-gouvernement ? », s’interroge-t-il. Et de poursuivre : «l’évolution est flagrante : les thèmes classiques tels que l’économie et le social passent désormais au second plan, supplantés par des préoccupations sociétales (l’éducation, la garde des enfants…) ».
Pour certains, « le clivage gauche-droite est dépassé. Il faut l’admettre », comme l’affirme un homme de l’assemblée. Il imagine que le nouveau regard sur l’avenir naîtra de la fusion des idées de gauche et de droite. Pour l’éditorialiste du Progrès, au contraire, « la politique française est en mal de clivage clair, la presse doit donc s’efforcer de faire sens ».
« Ne faudrait-il pas plutôt désacraliser le clivage, comme les religions ?, propose Denis Bernadet. Afin de développer un nouvel échiquier politique ».
Au fond de la salle, une femme enchaîne : « le clivage est à transférer à l’échelle européenne car les hommes politiques n’ont plus le pouvoir au niveau national, Bruxelles étant détenteur de la répartition du budget ».
Le concept de démocratie participative et la crise de la délégation
« Mais la perte, si ce n’est l’absence de pertinence de la notion de clivage entre la gauche et la droite s’explique également par l’émergence d’une notion, toujours plus au centre des débats politiques, et qui bouleverse grandement l’appréhension des élections : la démocratie participative », comme le note Francis Brochet. « Ce n’est qu’un complément de la démocratie représentative, or il semblerait que certains citoyens ne conçoivent plus l’existence d’une quelconque autorité politique, rêvant d’une démocratie participative totale. La démocratie participative est donc devenue, pour quelques Français, un véritable fantasme », affirme une consommatrice.
« On assiste à une vraie crise de la délégation », poursuit Francis Brochet.
« Le succès de la démocratie participative est évident », rétorque un homme dans la salle, « les politiques manquent de modestie et ils sont trop abstraits ».
« Sur les 40 candidats en lice, il est certain que beaucoup d’entre eux ne se présentent que pour avoir la possibilité de s’exprimer et surtout de se faire entendre » précise le journaliste.
Les citoyens empiètent également toujours plus sur le travail des médias. « Les journalistes sont de plus en plus débordés par les moyens de communication parallèles, comme le développement des blogs, par exemple, et les gens devenus très habiles en matière de communication », comme en témoigne Francis Brochet. « Le risque est que l’on se focalise seulement sur les discours des programmes et non les programmes eux-mêmes, les citoyens réagissant tout de suite et sur la forme, et non le fond ». suite page 3
L’influence et la place des médias
On peut alors s’interroger sur le poids des médias, « poids répulsif » pour certains.
Pour Francis Brochet, « les médias peuvent exercer une influence, mais celle-ci est limitée par tous les éléments que nous venons d’évoquer. En outre, le journaliste veille à la façon dont il écrit et le Progrès refuse de prendre parti. Son rôle se borne à expliquer les programmes, les différences… ».
« Vous attachez-vous à parler autant de chaque candidat ? », demande Jean-François Têtu, professeur à l’IEP.
« Pour les candidats, les plus importants, évidemment. Néanmoins, il est impossible de consacrer un article de taille égale à chacun des 40 candidats ».
Serge Tonioni, délégué général du Club de la presse évoque alors le rapport particulier qui lie la presse aux instituts de sondages, ces derniers étant payés par la presse.
Francis Brochet le relativise tout de suite : « les sondages ne sont pas des informations. Je crois qu’il ne faut pas leur accorder trop d’importance. Le Progrès ne publie d’ailleurs que très peu de sonda- ges ».
Malgré un clivage gauche-droite flou, on pourrait penser que les nombreuses sources d’information et autres canaux médiatiques à la disposition des citoyens suffisent à compenser le manque de clarté du paysage politique et que les citoyens, surinformés, s’y retrouvent.
Pourtant, quelques voix s’élèvent dans la salle, des gens qui se sentent « perdus ». « Pas en mesure de faire le tri dans ce trop-plein d’infos ».
Comment alors, en tant que journaliste, aider le lecteur à y voir clair, sans l’influencer ?
Nul doute que les prochains cafés médias, toujours consacrés aux élections, permettront d’approfondir cette question.
Prochain café-média lundi 26 mars.
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