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“Il faut que la loi sur la protection des sources soit adoptée au plus vite”
 

S.T. : On a souvent reproché à RSF de ne pas s'intéresser à la France or depuis votre arrivée à la tête de l'organisation, vous - le spécialiste des affaires africaines - intervenez d'avantage sur la France, pays classé 35ème sur 168 pays au classement mondial de la liberté de la presse que vous établissez chaque année. A quoi peut-on attribuer cette évolution ?

J.F.J. : C'est une nécessité aujourd'hui plus qu'une nouvelle orientation. La France détient aujourd'hui le record en Europe du nombre de journalistes placés en garde à vue et du nombre de médias perquisitionnés. Il faut donc être plus actif concernant la situation de la liberté de la presse en France. Par ailleurs, je pense que Reporters sans frontières n'est crédible que si elle défend la liberté de la presse avec la même vigueur partout.
Dernier point, la France ne peut pas demander la libération des journalistes emprisonnés dans le monde si, dans notre pays, des journalistes peuvent encore être privés de leur liberté, même pour quelques heures.


Pourquoi les journalistes français sont-ils de plus en plus confrontés à la justice ?

Il y a une dérive inquiétante c'est vrai, même si ce n'est pas une nouveauté. Les journalistes en France ont toujours été confrontés à la justice. En revanche, les signaux envoyés au plus haut niveau de l'Etat ne sont pas rassurants. Le fait que Nicolas Sarkozy s'autorise à porter plainte lui-même contre un média est un signal adressé à tous.
Photo : ©Pierre Payan.


Si le chef de l'Etat le fait, pourquoi pas nous ?

Comment aujourd'hui peut-on revenir à une situation plus saine en France, plus digne d'un Etat démocratique ?

Il faut que la loi sur la protection des sources - promesse de campagne de Nicolas Sarkozy - soit adoptée au plus vite. Sans régler tous les problèmes, ce sera tout de même un pas dans la bonne direction. Il faut aussi que la justice fasse preuve d'un plus grand discernement. Les journalistes ne sont bien entendus pas au-dessus des lois, mais envoyer la force publique pour interpeller un journaliste chez lui au petit matin pour une simple affaire de diffamation, c'est un sérieux manque de discernement. On ne peut pas comparer une atteinte à la personne et un délit de diffamation. Un journaliste poursuivi pour un délit de presse n'est pas un criminel de droit commun.

Propos recueillis
par Serge Tonioni

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