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Thierry Ehrmann, fondateur de regional press agency : "En matière d'information on ne crée que par passion"
Hormis l'expérience du Monde Rhône-Alpes, aujourd'hui caduque, aucun média n'avait encore tenté l'aventure régionale. Les éditeurs préférant jouer la carte locale voire micro locale. Ce n'est pas le cas de Thierry Ehrmann qui croit dur comme fer en l'entité Rhônalpine et lance "Régional press agency SA", une agence de presse internationale appelée à couvrir l'actualité financière, économique, sociale, juridique et judiciaire. Cette agence, dont le rédacteur en chef est Gérard Guyennon, est une filiale du Groupe Serveur fondé en 1987 par Thierry Ehrman qui regroupe 13 entreprises fortement impliquées dans la télématique, le web, le judiciaire et le juridique. Le groupe détient par ailleurs 60 % de Artprice.com, leader mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l'art.
Il y a 20 ans, Thierry Ehrman se passionnait déjà pour la presse, il aurait aimé bâtir un grand journal avec ses amis juristes et journalistes dont le regretté Bruno Marion mais à l'époque il n'en avait pas les moyens. Plus tard, il participera aux tours de table de l'hebdomadaire Direct et du quotidien Lyon-Libération, avant de mettre en ligne, à la stupeur générale, les 256 premiers caractères des dépêches AFP sur minitel. C'est le début d'une longue aventure qui allait identifier l'information brute comme une matière première indispensable à l'économie et qui prend corps aujourd'hui.
Cette passion pour la presse vous anime depuis 20 ans ?
Thierry Ehrmann : Dans les années 80 nous étions quelques jeunes journalistes et juristes à se demander comment diffuser de l'information. Très vite on va s'apercevoir que sans fonds propres on ne peut pas concevoir un journal lequel nécessite un outil industriel très lourd. Après réflexion on s'est réorienté vers la télématique et l'organisation des banques de données où l'on va collecter et fournir de l'information primaire, c'est à dire sans commentaire, dans les domaines juridiques, judiciaires et économiques.
Comment expliquez-vous la création de cette agence à consonance anglosaxonne ?
C'est unique au monde mais figurez-vous que pour avoir des informations sur la région Rhône-Alpes on est obligé de passer par le prisme de Paris. Les collabortateurs de l'AFP à Lyon se compte sur les doigts d'une main, alors qu'à Paris, même s'il s'agit du desk mondial, l'AFP fait appel à 1200 personnes ! La différence de traitement entre la capitale et la seconde ville du pays est hallucinante et unique en Europe. D'ailleurs bon nombre de voisins européens nous posaient clairement la question "peut-on avoir de l'information sans être obligé de passer par Paris ?" Certes je pense qu'on ne pouvait pas tenir ce type de discours il y a seulement quatre ans mais aujourd'hui l'Europe est une réalité, même si parfois on a du mal à l'admettre, l'Europe se dessine par l'Europe des régions.
La spécialisation de Regional Press Agency est-elle complémentaire à vos activités ou s'agit-il tout simplement d'un créneau porteur que vous souhaitez exploiter ?
Les deux vraisemblablement. On ne connaît bien et on ne maîtrise bien que ce que l'on aime. Je n'ai aucune compétence en matière de sport et si on montait une agence d'évènements sportifs, je crois que ce serait une calamité. Aujourd'hui d'une part on a une bonne connaissance du milieu économique rhônalpin et d'autre part ça nous plaît. On va mettre des fonds propres nécessaires dans cette agence - constituée d'un noyau dur de 7 personnes et dont la rédaction dispose de 25 % du capital - qui va bénéficier de toute l'énergie du Groupe Serveur qui représente près de 800 millions de francs de capitaux propres. En matière d'information on ne crée quelque chose que par passion. Et puis avec les deux Gérard (Guyennon et Buétas ndlr) on partage la même conception de l'information.
Quelles entreprises ont les faveurs de votre rédaction ?
Nous nous intéressons aux sociétés de plus de 20 millions de francs qui vont ouvrir leur capital et bien évidemment à toutes les société cotées. On ne traitera pas forcément des start-up, ni de l'ensemble du tissus économique, on fera donc des choix car la demande internationale nécessite un certain calibrage.
A qui et comment allez-vous délivrer votre fil régional ?
Nos principaux clients en chiffre d'affaire vont être les salles des marchés et le corporate finance mais nous avons une demande de la part des journaux économiques anglosaxons, allemands et suisse désireux de recevoir des informations en provenance de notre région. rpa est avant tout une banque de données qui délivre une information à ses clients essentiellement à travers des écrans propriétaires. Nos clients peuvent se connecter sur des écrans internet grâce à un login et un password qui leur sera vendu mensuellement. C'est la même logique que le fil AFP.
Envisagez-vous à terme la création d'un titre ou des synergies avec la presse régionale ?
Nous n'envisageons pas la création d'un support traditionnel. En revanche on va certainement se rapprocher de gens qui sont proches de nous dans le cadre du groupe serveur mais il est encore trop tôt pour dire s'il y aura des synergies avec l'agence. On a un regard très attentif sur les journaux d'annonces légales. Par ailleurs parmi les différentes entreprises de presse implantées sur la région, peu d'entre elles, exceptées les grands groupes de presse, ont la capacité de produire à la fois de l'information chaude, minute par minute et de l'investigation. Cette dichotomie peut éventuellement nous amener à des rapprochements intelligents avec la presse rhônalpine.
Propos recueillis par Serge Tonioni
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