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11 septembre 2001
Mobilisation exceptionnelle au Progrès
Le 11 septembre, vers 15h30 Michel Mekki, rédacteur en chef technique, pousse la porte du bureau du directeur de la rédaction du Progrès Jean-Paul Lardy en conversation avec Pierrick Eberhard, rédacteur en chef, et annonce : " Venez-voir à la télé il y a un avion qui a percuté un immeuble à New-York ". S'ils pensent, déjà, à reprendre la " une " ils sont loin d'imaginer le scénario catastrophe auquel ils vont être confrontés. Au fil des minutes, la course folle à l'information prend de nouvelles dimensions avec les crashes successifs des avions, l'effondrement des deux tours du World Trade Center entraînant du même coup une nouvelle donne mondiale.
Une page de l'Histoire s'écrit en direct dans les salles de rédaction du Progrès. Pierrick Eberhard nous livre ses impressions sur cette soirée exceptionnelle où les journalistes ont confectionné dans un temps record sept pages spéciales le soir même et un supplément consacré à l'événement en plus du quotidien diffusé le dimanche.
La Lettre : Comment la rédaction a-t-elle vécu ces événements tragiques ?
Pierrick Eberhard : Passé la stupeur et l'incompréhension, on a tous pris conscience de l'énormité de l'événement dans sa dimension Historique. On a tout de suite battu le rappel général des grands reporters et de tous les journalistes des informations générales pour essayer de traiter au mieux l'événement en fonction de notre capacité, de nos moyens et de notre pagination. À 16 heures, avec Jean-Paul Lardy, on décide de tout arrêter, de casser la " une " et de refaire la pagination. J'ai aussitôt demandé aux journalistes de tous les services, qui se sont mobilisés d'une façon exceptionnelle et spontanée, d'éviter de trop regarder la télévision de façon à se détacher de ce que nos lecteurs avaient pu voir. Ensuite, j'ai conseillé à tous les journalistes de surveiller le fil de l'Agence France Presse, d'appeler leurs contacts et de réfléchir à leurs papiers avant de refaire un point à 17 heures.
Comment avez-vous pris la mesure de l'événement ?
Chacun a fonctionné en fonction de sa sensibilité, de sa culture et de son parcours journalistique. Mais il y a eu vite consensus pour admettre que c'était quelque chose hors norme. Personnellement en 25 ans de carrière, je n'ai jamais rien vécu de plus fort. C'est sans doute aussi fort que ce que nos parents et grands parents ont vécu en 1914 et en 1939. J'ai aussitôt intégré cette dimension de l'histoire et n'ai pas eu de peine à faire prendre conscience aux uns et aux autres qu'ils vivaient quelque chose d'extraordinaire et qu'il fallait, dans la mesure du possible, être à la hauteur de l'événement dans la tradition du journal. D'autant plus qu'on a peu d'occasions de vivre un tel événement dans notre métier.
Quels dispositifs avez-vous mis en place compte tenu de l'accélération de l'actualité ?
Le plus difficile a été d'arrêter deux décisions, notamment pour choisir la " une " et établir une thématique page par page en même temps que l'actualité s'accélérait. Entre 17 et 19 heures, on a mis en place les pages spéciales. On a tout de suite opté pour une page photo couleur avec le billet de Jean-Philippe Mestre. Puis on s'est réservé une séquence très événementielle qu'on a laissée ouverte dans la nuit - c'est-à-dire qu'on pouvait techniquement la reprendre - et enfin on a décliné plusieurs thématiques sur ce qui se passait aux Etats-Unis, sur ceux qu'on suspectait comme étant les terroristes, sur les répercussions économiques et les conséquences dans notre région. Enfin à 19 heures tous les thèmes des papiers étaient définis sachant que les premières éditions devaient être bouclées à 22 heures.
Quand avez-vous décidé de publier un supplément et comment a-t-il été réalisé ?
La décision a été prise le jeudi à 9 heures 30. Celui-ci s'est également réalisé en temps réel et devait être bouclé, pour des raisons techniques, le samedi à 20 heures. Dès le départ, on a convenu avec Jean-Paul Lardy de réaliser un supplément qui donnerait des clés pour comprendre une situation complexe. Il n'était pas question, compte tenu du temps, de solliciter par exemple un penseur américain pour effectuer une interview mais plutôt d'utiliser au maximum nos rédactions et plus particulièrement le service des informations générales dirigée par Chantal Danon, celui des grands reporters et le service photo d'Yves Michel Gilet, qui pour la circonstance, a trié plus de 3000 photos. Le jeudi à 17 heures les sujets étaient lancés sachant qu'on ne pouvait plus revenir en arrière. À supposer qu'il y ait eu des frappes américaines dans l'après-midi du samedi jusqu'à 22 heures, ça rendait caduc notre supplément et on ne le publiait pas. Dès lors les journalistes, qui en parallèle rédigeaient pour le quotidien, ont effectué un excellent travail avec la consigne de réviser et d'enrichir en permanence leurs papiers de façon à ce qu'ils ne soient pas obsolètes le jour de la parution. Certes on a pris des risques, mais en toute connaissance de cause. Et comme disait Jefferson : " Plus on travaille, plus on a de la chance ! "
Que vous a apporté cette expérience d'un point de vue journalistique ?
Collectivement on a démontré un professionnalisme rassurant et satisfaisant. Individuellement, les confrères se sont révélés à eux-mêmes à cette occasion. Ainsi, l'on a pu voir que le journal disposait de ressources extraordinaires, malgré ses difficultés et ses querelles de clochers entre les services qui animent traditionnellement la rédaction, on a pu réaliser un travail d'équipe exemplaire tant en ce qui concerne les répercussions locales de l'événement que son traitement au niveau national et international.
Propos recueillis par Serge TONIONI
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