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Le chantier des "sept chantiers capitaux"
 

Comment est née l’idée de ce livre (1), coécrit avec un médecin stéphanois, le Pr Michel Debout ?

J’ai revu en juin 2007 le Pr Debout à Saint-Etienne, à l’occasion du congrès mondial de médecine légale qui se passait pour la première fois en France et dont il était le président. Je lui ai lancé, en forme de boutade, « ce serait rigolo si vingt ans après on refaisait un livre ensemble ! » : il se trouve qu’en 1986, il y a donc plus de vingt ans, nous avions écrit ensemble Le Désordre médical (éditions de l’Harmattan), un essai sur le système de santé relu à la lumière de deux fils conducteurs, la lutte pour la libéralisation de l’I.V.G. et pour la dissolution de l’ordre des médecins, ses deux combats militants dans les années 1970-80. Dix mois après, surprise : il m’annonce qu’il est partant pour un nouveau projet ! L’idée de base, à un moment où personne, politiquement, n’imaginait ne serait-ce que l’embryon d’un début de commencement d’alternance, était de lister les priorités d’un futur exécutif. Et de faire des propositions, y compris iconoclastes. C’est l’absence de débat - y compris dans la presse - qui nous a motivés au départ.

Comment avez-vous travaillé ?

Nous nous sommes retrouvés deux à trois fois par semaine entre mai et fin septembre, chaque fois deux à trois heures, pour une sorte de longue interview enregistrée que je retravaillais ensuite, avant de la lui soumettre. Entretemps, il me fallait vérifier des données, réaliser des revues de presse ciblées, retrouver des documents pour faire avancer la réflexion, bref faire un boulot de journaliste !

Ces «Chantiers » ne concernent donc pas que la politique de santé ?

Michel Debout est certes médecin, expert, professeur de droit de la santé, directeur de l’institut de médecine légale de Saint-Etienne, mais il a été longtemps membre du Comité directeur du P.S. et du Conseil économique et social…Il s’intéresse depuis des années au suicide (il est président de l’association nationale de prévention du suicide), à la violence, au harcèlement, et c’est grâce à ses deux rapports pour le C.E.S. dans les années 1992-1994, sur le suicide et les risques psycho-sociaux en entreprise, que la France a pris conscience de la gravité de ces deux phénomènes de société. Après un regard critique sur la société, le livre expose sept champs d’action prioritaires : personnes âgées, logement, travail, justice, institutions, santé - nous sommes notamment favorables à une revalorisation de l’acte médical, aujourd’hui sous-rémunéré -, mais aussi l’économie sociale et solidaire : au moment où le capitalisme financier subit une crise sans précédent, avec des dégâts sociaux majeurs, voilà un secteur - associations, mutuelles, fondations - qui emploie en France plus de deux millions de personnes, qui va distribuer cette année 50 milliards de salaires, dont le profit n’est pas le critère déterminant et que… beaucoup trop de nos confrères ignorent ! Nous sommes partisans d’un investissement fort de l’Etat dans ce secteur, dont la première qualité est de répondre aux besoins de l’homme, avec la création d’une « Banque nationale de l’économie sociale et solidaire ».

D’autres exemples de propositions…« iconoclastes » ?

Concernant la science, nous sommes par exemple choqués que l’on semble aujourd’hui protéger plus l’environnement que l’homme : voilà pourquoi, notamment face aux « avancées » de la génétique, nous sommes favorables à un Grenelle de l’humain. Autre exemple, le cannabis : parle-t-on, à gauche comme à droite, de la formidable hypocrisie de la situation actuelle liée à la loi de 1970 sur la toxicomanie ? Or deux à trois millions de Français fument du shit quotidiennement ! Nous sommes pour son abrogation. Concernant la prostitution, même hypocrisie générale : les maires chassent les prostituées des centres villes mais jamais les salons de massage n’ont été aussi nombreux, on ferme les yeux, ce bon vieux pays catholique fait semblant de ne rien voir…alors que d’autres pays voisins ont réfléchi, agi, tenté de « gérer » au mieux. Je n’ai jamais été militant d’un parti, je ne suis pas adhérent du P.S., mais ce qui m’a beaucoup intéressé en travaillant et réfléchissant avec ce médecin atypique, c’est cela : aborder de front, sans langue de bois, les questions de société les plus difficiles, celles…dont les hommes politiques parlent trop peu !

Propos recueillis
par Serge Tonioni


(1) Les sept chantiers capitaux - Editions de l’Harmattan (editionsdelharmattan.fr)

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