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Atelier Numérique | Le cyberharcèlement.

By 21 novembre 2019 No Comments

Le jeudi 21 novembre, deux jours après son procès, la journaliste Julie Hainaut est venue au Club témoigner à propos du cyber-harcèlement dont elle a été victime en 2017 par un groupuscule d’extrême droite.

« La première plantation ou l’art de se planter » est l’article que Julie Hainaut a publié pour Le Petit Bulletin, un hebdomadaire culturel lyonnais, à propos d’un bar à cocktail. La journaliste, outre son analyse de l’établissement, rapporte des propos à caractère racistes et faisant l’éloge de la colonisation, tenus par les deux gérants du bar lors de l’entretien. Publié le 12 septembre 2017 puis relayé sur les réseaux sociaux, les internautes s’emparent de cet article.
D’abord, les personnes indignées par les propos des tenanciers. Puis, et c’est ainsi que son calvaire commence, un article provenant d’un site néo-nazi, « démocratie participative », est rédigé en l’insultant de « pute à nègre féministe », avec des images d’Hitler et Goebbels ou encore des photos volées d’elle en compagnie d’un créateur homosexuel. Ayant pour fondateur une figure notoire de l’ultranationalisme, Boris Le Lay. Etant exilé au Japon, il est hors de portée judiciairement. Malgré les plusieurs mandats de recherche ainsi qu’une fiche S.  Aucune demande d’extradition ou de condamnation n’ont été demandés par les autorités françaises, seule la suppression du site, qui d’ailleurs ne cesse de changer de nom de domaine pour continuer d’exister. Après deux ans de combat et 5 plaintes déposées, le procès opposait Julie Hainaut à un homme ayant partagé via les réseaux sociaux l’article provenant du site néo-nazi. L’accusé risque jusqu’à un an d’emprisonnement. Le verdict tombera le 17 décembre.

 « Les médias lyonnais ne m’ont presque pas donné la parole… »

Seul « Libération » lui a directement proposé une tribune pour s’exprimer une semaine après la parution de son article dans le Petit Bulletin, autrement dit le 20 septembre 2017.  Elle attendait donc plus de soutien de la part de ses confrères et de ses consoeurs, d’autant plus à un niveau local où seul   Rue 89 Lyon lui a accordé un entretien au mois d’avril 2018. La solitude est véritablement présente, c’est ce que veulent ses détracteurs. Ces derniers attaquent collectivement face à une victime isolée. Ce qui est d’autant plus étonnant dans une ville comme la nôtre, foyer fertile du néo-nazisme, que les journalistes ne se soient pas mobilisés plus que ça, puisque certains d’entre eux ont, malheureusement, déjà connu une quelconque forme d’harcèlement venant de ces groupuscules.

« Le silence de la justice, de l’état et des journalistes est aussi impactant que le cyberharcèlement »

Le combat judiciaire de Julie Hainaut a permis de placer la problématique du cyberharcèlement au cœur du débat public. Nous sommes au début de la considération réelle de ce délit. Que ce soit de la désinformation ou encore un manque de sensibilisation, les victimes de cyberharcèlement doivent être prises au sérieux. Le mot cyberharcèlement reste compliqué à employer, on lui préfèrera « injures racistes et sexistes » alors que, comme le titre de la tribune, « les mots ont un sens.»  Julie Hainaut n’a d’ailleurs pas été entendu par le magistrat en charge de son dossier. C’est « une menace qui n’est pas palpable, mais qui revient sans cesse » pour la journaliste. Ce ne sont pas que des mots inscrits sur nos écrans, ces menaces peuvent devenir physiques. Néanmoins, sa manière de travailler à quelque peu changer « Il y a eu un impact sur ma vie professionnelle, notamment avec les réseaux sociaux qui sont un outil capital, pour nous journalistes. Je ne partage certains contenus que sur Instagram où je peux savoir qui l’a visionné. »

À la suite de la publication de la tribune dans « Libération », des victimes de cyberharcèlement sont venues trouver Julie Hainaut afin de lui demander des solutions. Selon la CNIL, il est possible de faire valoir notre droit à l’effacement, autrement dit de demander la suppression des informations auprès de chaque site et/ou réseau social. « Le déréférencement n’est qu’un pansement » d’après la journaliste. Cela permet certes de ne plus figurer sur le web mais ça ne va pas au bout des choses.

Isaline Glévarec

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