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Têtes chercheuses | Médiacités, deux ans après

Médiacités à Lyon : deux ans d’investigation locale

A l’occasion des deux ans de l’édition lyonnaise de Médiacités, Nicolas Barriquand, son rédacteur en chef retrace le parcours du pure player d’investigation locale indépendant (la société éditrice du journal est contrôlée par ses fondateurs et nous n’avons pas de publicités), présent également à Lille, Toulouse, Nantes.

Quel est la singularité de votre modèle économique ?

Notre modèle économique c’est l’abonnement tout simplement. C’est le modèle qui nous paraissait le plus logique : vivre de l’information qu’on délivre nous paraît plus sain que l’espace publicitaire, ou de rallonges budgétaires. Notre modèle n’est pas spécifique, nous vendons juste l’information. Notre principal défi est de faire comprendre à nos lecteurs que l’abonnement est essentiel pour la pérennité de Médiacités. C’est un défi parce que depuis 15-20 ans nous nous sommes habitués à la gratuité, d’une part à cause d’internet, et d’autre part à cause des gratuits qui étaient distribués à la sortie du métro, basés sur un modèle ultra-publicitaire. Tous ces éléments ont fait rentrer dans la tête de la population qu’elles n’avaient plus besoin de payer pour avoir de l’information.

Ce n’est pas une évidence. Or, nous voyons que ça évolue, les gens sont prêts à payer pour échapper à la publicité en s’abonnant à des plateformes de streaming. De la même manière, il y a de plus en plus d’internautes qui ont compris qu’il fallait payer pour avoir une information de qualité. Nous pouvons le constater avec le nombre d’abonnements numériques en très nette hausse sur Le Monde.fr, mais aussi dans la réussite de Médiapart qui, aujourd’hui, compte 150 000 abonnés. Nous nous inscrivons donc dans ce changement d’usage, de cette prise de conscience de la part des citoyens qui choisissent de payer pour avoir des informations de qualités et indépendantes.

Comment s’est fait le choix des villes où vous vous êtes installé ?

Notre projet était de s’implanter dans de grandes métropoles en France en dehors de Paris, puisque nous sommes partis du constat que la presse était très parisienne. De plus, de nombreux sujets d’intérêt local passaient sous les radars de la presse nationale. Nous avons donc étudiés la situation dans toutes les grandes agglomérations et nous avons sélectionné Lille. C’est la quatrième ville française et surtout un des fondateurs connait parfaitement bien ce territoire et ses acteurs. Il y avait peu de diversité, en dehors de la « Voix du nord ». Lyon était une évidence, à cause de sa concentration de pouvoir à la fois politique, avec la création de Lyon Métropole, mais aussi économique, avec les nombreux sièges d’entreprises présents dans la région. Même si le paysage médiatique lyonnais est très bouché, nous démontrons chaque semaine, grâce à nos enquêtes que nous avons notre place puisque nous sortons des exclusivités. Concernant Toulouse, la diversité médiatique est moindre face aux autres villes françaises, il reste « La dépêche du Midi » qui est une institution à part entière. Enfin, Nantes attire énormément de monde, que ce soit des actifs ou des entreprises. Elle a d’ailleurs pris le pas sur les autres métropoles de l’ouest de la France.

Ce qui différencie Médiacités et les autres journaux locaux c’est le travail en réseau. Nous sommes qu’un seul journal avec quatre implantations. Nous sommes à la fois un média national mais aussi local ce qui permet de ne pas dépendre d’un territoire et d’avoir des approches transversales sur certains sujets.

Quel est votre bilan sur ces deux dernières années ?

Il est à la fois positif et mitigé. Il est positif dans la mesure où toutes les semaines nous publions des enquêtes qui sont remarquées par les lecteurs et par des confrères, nous avons donc prouver la pertinence de développer Médiacités. De surcroît, les lecteurs sont de plus en plus nombreux à s’abonner même si notre point d’équilibre n’est pas encore atteint.

Propos recueillis par Isaline Glévarec

 

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